Pendant notre voyage au Kenya, une jeune femme de 23 ans qui nous accompagnait a résumé en une phrase toute l’importance de l’intelligence émotionnelle. Elle a dit quelque chose à Céline et à moi qui m’a marquée :
« En une semaine avec vous, j’ai appris plus de choses sur les émotions qu’en vingt-trois ans de vie. »
Durant cette semaine, elle nous a vues, Céline et moi, laisser circuler nos émotions. Nos larmes de joie comme nos larmes de tristesse ou de peur. Elle nous a entendues poser des mots sur ce qui nous traversait sans nous juger, sans chercher à faire disparaître immédiatement ce qui était inconfortable et sans transformer chaque émotion en catastrophe.
Dans les cérémonies, les cercles de parole et les transmissions que nous avons reçues, nous avons également parlé de la circulation des émotions, de la différence entre ce qui se passe et ce que cela provoque en nous, de ce qu’une émotion vient nous dire et de ce qu’elle ne nous autorise pas forcément à faire.
Et je crois que c’est là qu’elle a compris quelque chose que nous devrions tous apprendre beaucoup plus tôt : ressentir des émotions est naturel. Savoir vivre avec elles, en revanche, demande un apprentissage.
Cette phrase m’a profondément touchée parce qu’elle met en lumière une réalité qui nous concerne presque tous. Nous traversons des émotions depuis notre naissance. La joie, la peur, la tristesse, la colère ou le dégoût font naturellement partie de notre expérience humaine. Pourtant, dans notre société, les émotions restent presque taboues.
Très tôt, nous apprenons à les contenir, à les dissimuler ou à les étouffer. On nous demande de ne pas pleurer, de nous calmer, de ne pas avoir peur, de ravaler notre colère ou de relativiser notre tristesse. Nous intégrons ainsi l’idée que certaines émotions seraient acceptables et que d’autres devraient disparaître au plus vite.
Nous ne grandissons donc pas seulement sans véritable compréhension de notre monde émotionnel. Nous grandissons avec un conditionnement qui nous pousse à nous en couper. Nous apprenons davantage à ignorer nos émotions qu’à les reconnaître, à les écouter et à les laisser circuler.
Pourtant, ressentir est naturel, normal et profondément humain. Une émotion n’est ni un défaut, ni une faiblesse, ni une anomalie à corriger. Elle constitue une information intérieure. Elle nous parle de ce que nous vivons, de ce qui est important pour nous, de nos besoins, de nos valeurs, de nos désirs ou de nos limites.
Lorsque nous comprenons cela, un nouvel apprentissage commence. Ou plutôt, un désapprentissage. Il s’agit de défaire progressivement tout ce conditionnement pour revenir à quelque chose de beaucoup plus essentiel : notre capacité naturelle à ressentir, à écouter ce qui nous traverse et à vivre avec nos émotions sans les subir, sans les étouffer et sans les déverser sur les autres.
L’intelligence émotionnelle est la capacité à reconnaître, comprendre et accueillir ses propres émotions, mais également à percevoir celles des autres. Elle permet d’utiliser les informations contenues dans nos émotions pour ajuster nos choix, nos comportements et nos relations.
Elle ne consiste pas à être calme en permanence, à ne jamais se mettre en colère, à toujours réagir parfaitement ou à devenir une espèce de moine bouddhiste que rien ne viendrait jamais déranger.
L’intelligence émotionnelle ne supprime pas les émotions. Elle nous aide à vivre avec elles sans leur abandonner la totalité du volant.
Elle permet de faire la différence entre ce que je ressens et ce que je décide d’en faire. Elle me permet de reconnaître que ma peur est réelle sans considérer automatiquement que le danger imaginé l’est aussi. Elle me permet d’entendre ma colère sans humilier quelqu’un. Elle m’autorise à traverser ma tristesse sans conclure que toute ma vie est foutue.
Elle me permet aussi de comprendre ce qui appartient à l’autre sans absorber systématiquement son état émotionnel ni me sentir responsable de le réparer.
Développer son intelligence émotionnelle, ce n’est donc pas devenir moins sensible. C’est devenir plus consciente de ce qui se passe en soi pour retrouver une liberté de réponse.
Depuis toute petite, je me suis sentie en marge dans ma manière de ressentir les choses. J’ai toujours eu une grande sensibilité et une perception du monde profondément traversée par mes émotions.
Mon filtre principal pour comprendre la vie, les relations et les événements a toujours été émotionnel. Je ressens avant d’analyser. Je capte une ambiance, une tension, une incohérence, une joie ou une blessure avant même de pouvoir poser des mots dessus.
Pendant longtemps, j’ai cru qu’il y avait quelque chose à corriger chez moi. Comme si je devais réussir à devenir normale, à ressentir moins fort, à être moins touchée, moins bouleversée, moins intense. Comme si grandir signifiait apprendre à éteindre une partie de moi.

Lorsque j’ai commencé mon travail thérapeutique en 2012, j’ai progressivement compris que ce que je vivais avait un sens. J’ai compris que mes émotions étaient ma façon de rencontrer le monde, que ma sensibilité appartenait à ma personnalité et que mon hypersensibilité ne constituait pas une défaillance.
Au lieu de continuer à vouloir la faire taire, j’ai commencé à l’écouter, à la comprendre et à l’apprivoiser. J’en ai fait une singularité et, avec le temps, l’une de mes plus grandes ressources personnelles et professionnelles.
Aujourd’hui, mes émotions nourrissent ma capacité à accompagner, à percevoir, à créer et à entrer profondément en relation avec les autres. Mais cela ne signifie pas qu’elles ont toujours raison, ni que je dois agir sous chacune de leurs impulsions.
Une émotion est vraie parce qu’elle existe dans mon corps. L’interprétation que j’en fais peut, elle, être questionnée.
L’une des confusions les plus fréquentes consiste à mélanger l’événement, l’émotion et l’histoire que notre mental construit autour de ce qui s’est passé.
Prenons un exemple simple. Une personne ne répond pas à mon message.
L’événement observable est : je lui ai envoyé un message et je n’ai pas encore reçu de réponse.
Mon émotion peut être de la peur, de la tristesse, de la frustration ou de la colère.
L’histoire que mon mental fabrique peut être : elle m’ignore, elle ne m’aime plus, elle n’a aucun respect pour moi, j’ai certainement fait quelque chose de mal ou personne ne pense jamais à moi.
Cette histoire peut ensuite provoquer une réaction : envoyer dix autres messages, attaquer la personne, se fermer, rompre la relation ou ruminer pendant deux jours.
Tout s’est mélangé. Mon émotion est devenue la preuve de mon interprétation, puis mon interprétation est devenue la réalité entière.
Développer son intelligence émotionnelle permet de remettre chaque information à sa place :
L’émotion reste parfaitement légitime. En revanche, elle ne prouve pas à elle seule que mon interprétation est juste.
Je peux avoir peur d’être abandonnée sans être réellement abandonnée. Je peux me sentir rejetée sans que l’autre ait volontairement cherché à me rejeter. Je peux ressentir de la colère sans que la personne en face soit entièrement responsable de tout ce que cette situation réveille en moi.
Cette distinction ne nie pas ce que nous ressentons. Elle nous rend au contraire notre pouvoir d’action.
Nous entendons souvent cette phrase : « Il faut que j’apprenne à gérer mes émotions. »
Personnellement, elle me gêne. Une émotion ne se gère pas comme un agenda, un budget ou un stock de chaussettes. Une émotion se vit.
Derrière l’idée de gestion se cache encore trop souvent une volonté de contrôle : ne plus pleurer, ne plus avoir peur, ne plus se mettre en colère, retrouver rapidement un état considéré comme acceptable. En clair : faire disparaître l’émotion pour redevenir fonctionnelle et ne surtout déranger personne.
Mais l’émotion ne demande pas nécessairement à disparaître. Elle demande d’abord à être reconnue et traversée.
Pleurer profondément, rire profondément, trembler, respirer, bouger son corps, laisser passer une vague de peur ou traverser une colère dans un espace sécurisé ne signifie pas perdre le contrôle. Cela signifie permettre au corps d’accomplir un processus naturel.
L’objectif n’est donc pas de retenir l’émotion ni de la déverser brutalement sur les autres. Il est de créer suffisamment de sécurité pour la laisser circuler tout en restant responsable de nos comportements.

Il existe une confusion que je trouve particulièrement importante à déconstruire : la colère n’est pas la violence.
La colère est une émotion. La violence est un comportement.
La colère peut nous indiquer qu’une limite a été franchie, qu’une injustice est vécue, qu’une valeur importante n’est pas respectée, qu’un besoin reste ignoré ou que nous nous sentons menacés. Elle produit une énergie puissante qui peut nous aider à nous protéger, à dire non, à sortir d’une situation ou à faire évoluer ce qui ne nous convient plus.
La violence, elle, correspond à ce que nous faisons de cette énergie. Elle peut prendre la forme de cris, d’insultes, d’humiliations, de menaces, de gestes brutaux, de destruction ou d’agression. Mais elle n’est pas la conséquence obligatoire de la colère.
On peut être profondément en colère sans devenir violent. On peut ressentir cette émotion dans tout son corps, la nommer, respirer avec elle, crier dans un espace sécurisé, bouger, courir, taper dans un coussin, écrire ou poser fermement une limite sans blesser ni humilier personne.
Et inversement, certains comportements violents peuvent être commis très froidement, sans colère apparente. Associer systématiquement la colère à la violence nous empêche donc de comprendre l’une comme l’autre.
Cette croyance produit deux risques.
Le premier consiste à excuser ou à banaliser la violence sous prétexte que la personne était en colère : « Elle était énervée, elle ne pensait pas ce qu’elle disait », « Il a perdu le contrôle », « C’est sorti tout seul ».
Pourtant, la colère peut expliquer un état intérieur, mais elle ne justifie jamais un comportement violent. Une émotion ne retire pas notre responsabilité. On peut entendre pourquoi une personne s’est mise en colère tout en refusant totalement la façon dont elle a choisi de l’exprimer.
Le second risque consiste à étouffer sa propre colère par peur de devenir violent. Certaines personnes s’interdisent tellement de la ressentir qu’elles ne parviennent plus à identifier leurs limites, à se défendre ou à reconnaître ce qui leur fait du mal.
Elles avalent, encaissent, minimisent et s’adaptent jusqu’au jour où leur corps ou leur comportement explose. Non parce que la colère était dangereuse, mais parce qu’elle n’a jamais eu le droit d’exister consciemment.
Développer son intelligence émotionnelle, c’est apprendre à dissocier clairement ces deux réalités : j’ai le droit de ressentir toute ma colère, mais je reste responsable de la manière dont je l’exprime.
L’émotion apparaît dans le corps. Elle serre la gorge, accélère le cœur, creuse le ventre, chauffe le visage, contracte la mâchoire ou déclenche les larmes.
Son premier mouvement peut être très rapide. Ce qui la prolonge parfois, c’est tout ce que notre mental vient construire autour d’elle. Nous repassons la scène, imaginons ce que l’autre pense, préparons les conversations qui n’auront probablement jamais lieu et ajoutons à l’événement présent toutes les blessures du passé qui lui ressemblent.
Nous ne ressentons alors plus seulement l’émotion initiale. Nous nourrissons une histoire entière autour d’elle.
Cela ne signifie pas qu’il ne faut jamais réfléchir à ses émotions. Certaines situations demandent une véritable compréhension, un travail thérapeutique ou une mise en lien avec notre histoire. Mais tout ne demande pas immédiatement une analyse de quatre heures.
Parfois, j’ai simplement peur. Parfois, je suis triste. Parfois, je suis en colère.
Je peux commencer par respirer, ressentir où l’émotion se manifeste dans mon corps et la laisser circuler avant de décider ce qu’elle signifie. Je peux différer mon message, ma décision ou ma confrontation jusqu’à ce que l’intensité soit redescendue.
Je n’ai pas besoin de nier l’émotion. Je n’ai pas non plus besoin de lui demander de prendre toutes les décisions à ma place.
Lorsque nous ne savons pas ce que nous ressentons, tout peut devenir confus. Nous disons que nous sommes mal, énervés, stressés ou à bout, sans parvenir à identifier ce qui se joue réellement.
Nommer l’émotion permet déjà de créer un peu d’espace.
« Là, j’ai peur. »
Très bien. Mais peur de quoi précisément ? De perdre cette personne ? D’échouer ? D’être jugée ? De manquer d’argent ? De décevoir ? De ne pas être à la hauteur ?
« Là, je suis en colère. »
Est-ce de la frustration, de l’indignation, de l’impuissance ou le sentiment qu’une limite a été franchie ?
Plus notre vocabulaire émotionnel devient précis, plus notre compréhension de nous-mêmes s’affine. Et plus cette compréhension est fine, plus notre réponse peut être ajustée.
Les mots ne font pas disparaître l’émotion. Ils nous permettent de l’approcher sans être entièrement engloutis par elle.

L’intelligence émotionnelle se développe progressivement, à travers l’expérience, l’observation de soi, les échanges et la découverte d’un vocabulaire plus précis.
Il ne s’agit pas de devenir experte de ses émotions ni de toujours savoir immédiatement ce qui se passe en soi. Il s’agit d’apprendre à rester en lien avec son monde intérieur, avec curiosité et le moins de jugement possible.
Il existe différents modèles des émotions. Certains en distinguent six, huit ou davantage. Pour disposer d’un repère simple, nous pouvons nous appuyer sur cinq grands pôles émotionnels : la joie, la peur, la colère, la tristesse et le dégoût.
Ces familles ne sont pas des cases rigides. Elles nous permettent de découvrir les différentes nuances de ce que nous ressentons.
Ces mots sont des repères, pas des diagnostics. Une même situation peut faire naître plusieurs émotions à la fois, et certaines nuances peuvent appartenir à plusieurs familles selon la personne et le contexte.

Notre vocabulaire émotionnel se résume parfois à : « Ça va », « ça ne va pas », « je suis bien », « je suis mal » ou « je suis énervée ».
Pourtant, plus nous disposons de mots précis, plus nous pouvons comprendre ce qui se passe réellement en nous.
Dire « je suis énervée » ne raconte pas exactement la même chose que « je suis frustrée », « je suis blessée », « je me sens impuissante » ou « je suis indignée ». Cette précision nous aide ensuite à identifier le besoin, la limite ou la valeur qui se trouve derrière l’émotion.
Pour enrichir ce vocabulaire, j’aime particulièrement le Jeu des émotions de Comitys. Je le trouve très intéressant entre adultes, mais également avec des enfants.
Il ne sert pas à déterminer la bonne réponse. Il permet d’ouvrir la parole, d’explorer ce que nous ressentons et de découvrir des mots auxquels nous n’aurions peut-être pas pensé spontanément.
Le jeu comprend 64 cartes, dont 59 cartes consacrées aux émotions et cinq cartes représentant les grands pôles émotionnels. Il permet d’explorer 177 états émotionnels différents et propose plusieurs manières de les identifier, de les nuancer et d’en mesurer l’intensité.
On peut simplement tirer plusieurs cartes et se demander :
Utiliser cet outil avec un enfant peut également devenir une occasion de chercher ensemble, sans lui imposer une interprétation. L’adulte ne lui dit pas ce qu’il devrait ressentir. Il l’aide à mettre ses propres mots sur son expérience.
Et très souvent, cette exploration fait également grandir l’intelligence émotionnelle de l’adulte.
Une émotion est d’abord une expérience corporelle. Avant de chercher à tout comprendre, nous pouvons nous demander :
Où est-ce que je ressens cette émotion ? Dans ma gorge, mon ventre, ma poitrine, ma mâchoire, mon dos ? Quelle forme pourrait-elle avoir ? Est-elle chaude, froide, lourde, serrée, mouvante ? De quoi mon corps aurait-il besoin pour la laisser circuler en sécurité ?
Cette attention ne donne pas toujours une réponse immédiate. Elle permet simplement de revenir à l’expérience présente avant que le mental parte écrire une saga complète en douze tomes.
Face à une situation émotionnellement chargée, nous pouvons prendre le temps de distinguer quatre éléments :
Cette distinction évite de nier l’émotion tout en empêchant l’interprétation de devenir automatiquement une vérité incontestable.
Une émotion peut attirer notre attention sur un besoin, une valeur, une blessure ou une limite.
Ma peur peut avoir besoin de sécurité. Ma colère peut vouloir protéger une limite. Ma tristesse peut accompagner une perte. Mon dégoût peut me signaler que quelque chose est profondément incompatible avec moi. Ma joie peut me montrer ce qui me nourrit et ce que j’ai envie de faire grandir dans ma vie.
Écouter une émotion ne signifie pas lui obéir aveuglément. Cela signifie entendre son message avant de choisir librement la réponse la plus ajustée.
Développer son intelligence émotionnelle, c’est également apprendre à partager ce que l’on vit sans rendre automatiquement l’autre responsable de notre état intérieur.
Je peux dire : « Cette situation réveille beaucoup de peur chez moi et j’aurais besoin que nous en parlions », plutôt que : « Tu me fais peur et tout est de ta faute. »
Je peux exprimer ma colère et poser une limite sans humilier, menacer ou écraser la personne en face.
Je peux aussi vérifier si l’autre possède la disponibilité nécessaire avant de lui déposer tout mon monde émotionnel. Nos émotions sont légitimes, mais cela ne signifie pas que tout le monde doit pouvoir les recevoir à n’importe quel moment.
Nous faisons tous des erreurs lorsque nous sommes bouleversés. Nous pouvons parler trop vite, devenir maladroits, blesser quelqu’un ou réagir depuis une vieille peur.
L’intelligence émotionnelle ne consiste pas à devenir irréprochable. Elle se révèle aussi dans notre capacité à reconnaître ce que nous avons fait, à écouter l’impact produit, à présenter de véritables excuses et à réparer lorsque cela est possible.
Nos blessures peuvent expliquer certains comportements. Elles ne doivent pas devenir un permis de blesser.
Notre société valorise énormément l’intelligence intellectuelle. Nous mesurons les connaissances, les diplômes, les capacités de raisonnement, la productivité et la performance.
Mais nous pouvons être très intelligents intellectuellement et totalement incapables de reconnaître une peur, de traverser une frustration, d’écouter une contradiction ou de prendre la responsabilité de l’impact de nos comportements.
Nous pouvons maîtriser des compétences techniques extrêmement complexes tout en étant incapables de dire : « Je me suis trompé », « J’ai eu peur », « Je suis en colère, mais je ne veux pas te faire de mal », « Je ne comprends pas encore ton point de vue » ou « Ce que j’ai fait a eu un impact sur toi et je veux le réparer ».
Si nous accordions autant de valeur à l’intelligence émotionnelle qu’à l’intelligence intellectuelle, cela ne supprimerait pas les conflits. Cela pourrait cependant transformer notre manière de les traverser.
Nous aurions peut-être moins besoin de dominer pour ne pas ressentir notre vulnérabilité. Moins besoin d’humilier pour fuir notre honte. Moins besoin d’avoir raison pour éviter de remettre en question notre identité. Moins besoin d’accuser les autres de toutes les émotions que nous ne savons pas accueillir en nous.
Nous pourrions développer davantage de responsabilité, d’empathie, de discernement et de courage relationnel.
L’intelligence émotionnelle ne nous rendrait pas tous d’accord. Elle pourrait nous apprendre à ne pas déshumaniser celui qui ne pense pas comme nous et à rester responsables de ce que nous faisons lorsque nous sommes traversés par la peur, la colère ou le sentiment d’impuissance.
Je constate quelque chose de très positif chez beaucoup de jeunes parents aujourd’hui : une volonté de laisser davantage de place aux émotions de leurs enfants.
Ils comprennent progressivement qu’un enfant ne possède pas encore les ressources nécessaires pour réguler seul tout ce qu’il traverse. Ils essaient de mettre des mots, d’accueillir les pleurs, de comprendre les tempêtes émotionnelles et de ne plus considérer chaque débordement comme un caprice ou un affront à l’autorité.
Cette évolution me paraît essentielle.

Mais nous ne pouvons pas demander à un enfant de développer une intelligence émotionnelle que nous refusons nous-mêmes de travailler. Nous ne pouvons pas exiger qu’il calme immédiatement sa colère si la sienne vient réveiller une émotion que nous sommes incapables de tolérer. Nous ne pouvons pas lui apprendre que toutes ses émotions sont légitimes tout en lui montrant que les nôtres doivent être niées, cachées ou déversées violemment.
Ce n’est pas à l’enfant de s’adapter à l’incapacité émotionnelle de son parent.
Cela ne signifie pas que les parents doivent devenir parfaits. Cela signifie qu’ils peuvent chercher, apprendre, se remettre en question et réparer. Ils peuvent dire : « Ta colère est légitime, mais je ne te laisserai pas frapper » et également : « J’ai crié parce que j’étais dépassée, mais ce n’était pas une manière juste de te parler. Je suis désolée. »
C’est aussi comme cela que l’intelligence émotionnelle se transmet : par l’incarnation, l’honnêteté et la responsabilité.
L’intelligence émotionnelle peut être comprise intellectuellement. Elle se développe surtout lorsqu’elle est vécue dans le corps, expérimentée dans la relation et accueillie dans un espace suffisamment sécurisé.
C’est exactement ce que je cherche à créer au cours de mes retraites.
On y travaille la connaissance de soi, la circulation des émotions, l’écoute du corps, la responsabilité relationnelle, l’expression des limites et la capacité à accueillir ce qui est vivant en nous. Il ne s’agit pas de devenir une meilleure version parfaitement contrôlée de soi-même. Il s’agit de revenir à quelque chose de plus vrai, de plus libre et de plus humain.
Si cette vision te parle, si tu as envie d’agrandir ta carte du monde, de mieux comprendre ce qui te traverse et de développer ton intelligence émotionnelle autrement qu’en restant uniquement dans la théorie, je t’invite à découvrir mes prochaines retraites ici ou si tu es professionnel de l'accompagnement à découvrir ma formation " Je fais ce que je suis " ici
Parce que ressentir n’est pas un problème à résoudre. C’est une part essentielle de notre humanité à retrouver.