Je vous écris cet article ce mardi 26 mai. Je viens tout juste de rentrer de la Timone après avoir déposé maman. C'était sa journée d'injection dans le cadre de son essai clinique pour le traitement de son cancer. Et comme on sait que ces journées-là sont un peu longues — beaucoup d'attente, plusieurs intervenants médicaux à voir avant d'avoir l'accord et le feu vert pour l'injection — on a décidé de s'occuper en vous préparant cet article de blog.
J'avais préparé les questions en amont, et maman vous partage ci-dessous son retour d'expérience sur la première édition de Graine d'Human - Une retraite intergénérationnelle désert Maroc - qui s'est déroulée en avril dernier.

Graine d'Human est une retraite initiatique dans le désert du Sahara que je co-crée avec Céline Machy et en partenariat avec Racines du Désert, et qui accueille des duos et trios intergénérationnels — adultes, enfants, ados — pour vivre ensemble une expérience humaine profonde, loin du quotidien, au rythme du désert et des nomades, pour planter ou entretenir nos graines d'humanité à l'intérieur de nos cœurs.
Ma mère connaissait déjà le désert. Elle avait participé à la retraite Human en février 2025 au Maroc — l'édition ouverte uniquement aux adultes, qui va chaque année à la rencontre d'un peuple d'Afrique différent.
Cette fois, c'était différent.
Elle est venue vivre cette retraite intergénérationnelle dans le désert du Maroc avec mon fils Joan 16 ans, ma fille Lilou 21 ans, et les deux enfants de ma petite sœur Johanna — Nahla 6 ans et Raïden 7 ans. Quatre de ses sept petits-enfants sont venus vivre ça avec elle. Et elle traversait tout ça avec un corps qui vit et traverse depuis maintenant presque un an et demi un cancer.
Ce qui s'est passé avant même le départ aurait pu faire basculer toute l'histoire dans une autre direction. La retraite se déroulait du lundi au vendredi, et maman avait prévu de partir le vendredi d'avant avec ma sœur Johanna, mon père et les enfants pour profiter de quelques jours à Ouarzazate avant que le groupe arrive. Sauf que quelques heures avant le vol, incapable de bouger, incapable de réfléchir, elle a fait une grosse crise d'effets indésirables de son traitement.

J'en profite d'ailleurs pour mentionner Aurélie Courcel , magnétiseuse, qui propose des soins pour les personnes qui vivent un cancer et un traitement. Elle a été d'une aide précieuse ce jour-là pour soulager ces effets indésirables, et je voulais la remercier ici très fort parce qu'elle mérite d'être connue et peut servir à d'autres personnes qui traversent la même chose. Je vous mets son contact en bas de cet article.
Avec mon père, on a pris l'initiative de décaler leur vol du vendredi au lundi pour que maman parte avec l'ensemble du groupe de la retraite, sans savoir si elle irait mieux d'ici là, mais pour qu'elle ait en tout cas le choix de venir si son corps le permettait. Dès le samedi, son corps allait mieux. Et le lundi, elle était là. Elle a pris l'avion.
Ce que vous allez lire, c'est sa voix à elle. Je n'ai pas changé ses mots — ce sont ses réponses telles qu'elles sont sorties dans cette salle d'attente. Ceux qui la connaissent vont fortement reconnaître sa personnalité dans ses réponses.
J'avais envie de lui donner la parole parce que très souvent, la peur du dépassement physique, de l'inconfort, de la sortie de zone de confort peut priver des enfants, des adultes, des grands-parents de vivre une expérience qui est extrêmement riche en moments de partage, de découverte, de rencontre et de nourriture de l'âme.
Et je trouvais important de vous montrer que c'est possible. De mon côté en tant qu'organisatrice, j'avais pris avec Racines du Désert toutes les sécurités médicales et d'urgence nécessaires, et on avait l'accord de son oncologue pour qu'elle puisse partir. Tout était sécurisé.
Et je sais en tant que fille — au-delà du fait que j'étais organisatrice — que ces voyages-là lui apportent des objectifs de vie, des bouffées d'air pour son moral qui lui permettent de tenir dans le quotidien de la maladie. Ce sont des trésors précieux pour elle. Et c'était important qu'elle puisse le vivre.
Voici ses réponses.

Je suis dans l'avion et je vais partir pour une nouvelle aventure.
Je suis retournée pour retrouver les paysages du désert, le sable — je sais pas pourquoi il m'attire — le calme du désert. Et le fait d'aller le vivre avec mes filles et mes petits-enfants.
Chaque endroit a une énergie différente mais le désert est tellement différent dans son paysage, la lumière. J'ai une connexion avec le sable alors que j'aime pas toucher le sable à la plage. Sa couleur, sa douceur, sa chaleur — il m'a touchée différemment.

Ça m'a fait plaisir que ce soit eux qui aient envie et l'initiative. C'était important pour eux, sûrement.
J'ai ressenti que mon corps pouvait pas suivre le trek et ça me met en face des limites que le cancer m'impose. Je suis contente de m'être écoutée pour être en forme pour la suite de la journée. L'énergie du groupe fait que ça aide et qu'on est comme les autres dans ces moments-là — je suis comme tout le monde et je peux oublier le cancer.
Dès le moment où je suis rentrée dans le désert je me suis sentie bien, alors qu'à la maison j'ai des moments de fatigue, je suis malade, il y a les rendez-vous médicaux, les appels des proches qui posent des questions. Là-bas il n'y avait rien de tout ça. On était loin de tous les problèmes du quotidien pour être juste ensemble, à profiter du présent. Je m'écoute et me fais confiance en respectant mon corps.
Dès que tu as posé les dates de ce séjour j'avais décidé que j'y serais et il était hors de question que quelque chose m'en empêche — surtout que j'avais la validation de mon oncologue. Ces moments sont rares et vont pas exister tous les quatre matins donc il faut les vivre quand ça se présente.

Déjà c'est des gens qui ont toujours le sourire. Ils sont dès le matin prêts, disponibles et très présents pour nous. Ils ne montrent pas leur fatigue et ne se plaignent jamais alors qu'ils font beaucoup toute la journée — ils passent pas leur journée à râler comme nous. Et toujours un petit mot gentil, une attention, prévenants — alors que tout autour c'est hostile, qu'il fait chaud et qu'on a pas le confort de chez nous.
Les enfants s'ouvrent plus, se livrent plus. On les sent très à l'aise. Par exemple Joan qui est plutôt réservé — je l'ai senti très à l'aise, il était à fond dans les ateliers. Ça nous permet de les découvrir vraiment tels qu'ils sont.
Lilou quand elle était avec Lucas ( un autre ados de 17 ans participant ) en face à face lors d'un atelier et qu'elle est a eu une très grosse émotion de ce qu'elle a connecté en elle grâce à cette rencontre. Et puis le beau cadeau que Joan nous a offert lors d'un des ateliers adultes qu'il a voulu découvrir — il nous a offert sa vulnérabilité. Sous sa carapace d'ado nonchalant, il s'est laissé aller. Il a montré ses émotions. Et là il a réalisé qu'il est autant un Guiard qu'un Paulos — qu'il est bien comme sa mère, sa sœur et son frère.

J'aimerais partir avec ceux qui n'étaient pas là cette fois — mon petit-fils aîné Anthony et mon autre fille et ses deux filles. Et particulièrement ma petite-fille Tessy. J'aimerais qu'elle puisse vivre ça et voir comme elle est une petite fille belle et merveilleuse, qu'elle est capable comme les autres de vivre des moments de dépassement de soi dans la simplicité de l'inconfort, qu'elle est comme les autres enfants de son âge avec ses défauts et ses qualités tout en étant une merveille. Et que le plaisir est dans les choses toutes simples de la vie et des moments partagés.
Que même avec un cancer je peux continuer à vivre. Même si j'ai des moments de faiblesse et de fatigue, je m'autorise à vivre des moments et des aventures. Je ne suis pas QUE cette femme qui a un cancer, je reste Martine avec mes envies, mes rêves et mes projets.
Il faut mettre son âge de côté et profiter de tous les instants que la vie nous offre. C'est pas l'âge qui fait qu'on doit arrêter de profiter des bons moments.
Avant tout, merci à toi maman de me permettre d'écrire cet article et de partager ton expérience ici. Merci de me suivre dans mes aventures. Parce que je me sens profondément privilégiée de vivre des espaces comme ça avec toi et papa depuis maintenant quatre ans — vous venez sur beaucoup de mes retraites à l'étranger, et ces moments-là sont différents de tout ce qu'on partage au quotidien. Ils me permettent de vous connaître autrement, de vous découvrir vraiment — comme tu le dis toi-même dans tes réponses. D'apprendre qui vous êtes en tant qu'homme et femme, au-delà des rôles. Ce sont des trésors que je garde précieusement. Je t'aime fort.

La prochaine édition de Graine d'Human se déroule du 28 février au 6 mars 2027, au même endroit, dans le désert du Sahara au Maroc.
Cette deuxième édition s'ouvre encore davantage. Avec Céline, on a pris la décision de faire de Graine d'Human la retraite initiatique à vivre en famille — et j'ai décidé de ne pas organiser de retraite famille en France en 2027, comme je le fais depuis quatre ans, parce que je veux que ce soit Graine d'Human qui devienne cet espace.
Que l'on vienne avec son enfant de 7 ans. Que l'on vienne avec sa mère de 60 ans. Que l'on vienne avec son cousin de 17 ans, son beau-père de 40 ans, son ado de 15 ans. Ce qui compte, ce n'est pas le lien qui vous unit — c'est ce que vous allez vivre ensemble. C'est l'expérience qui devient l'espace de rencontre, l'espace du cœur.
Et en même temps, on a à cœur de créer une vraie communauté de graines d'humanité — quels que soient les âges, les genres, les histoires, les liens d'amour qui rassemblent les personnes qui viennent. C'est pour ça que cette retraite est ouverte de 7 ans à 80 ans. Pour créer ensemble cette communauté d'humanité.
Les inscriptions sont ouvertes. Pour en savoir plus, contactez-moi directement — je serai ravie de répondre à toutes vos questions et de vous accompagner dans votre réflexion.
→ [Me contacter pour en savoir plus sur la retraite intergénérationnelle désert Maroc Graine d'Human]
Contact Aurélie Courcelles, magnétiseuse — soins pour les personnes vivant un cancer et un traitement : ici