Ce matin ( 14 juillet ), j'avais rendez-vous pour une manucure. Flemme de m'arrêter au distributeur, flemme de chercher des espèces au fond de mon sac, et de toute façon je savais que je n'en avais pas ( lol ) . Alors j'ai simplement demandé à David s'il avait trente euros sur lui. Il me les a tendus, sujet clos, point final. Aucune question, aucun calcul, aucune remarque, rien. Plus tard dans la journée, en rigolant, je lui ai demandé s'il voulait que je le rembourse. Il m'a regardée, l'air de se demander si je racontais n'importe quoi, et il m'a simplement répondu en rigolant ( ceux qui le connaissent comprendront ...) :
" Ne t'inquiète pas, tu vas payer avec des intérêts" .
Et ça s'est arrêté là. Cette scène toute bête raconte à elle seule ce qu'est l'argent dans le couple, chez nous : un non-sujet.
C'est cette petite scène qui m'a donné envie d'écrire un article sur l'argent dans le couple. Parce qu'autour de moi, dans ma famille, chez mes amis, chez mes clientes, je vois bien que l'argent est, selon les couples, un vrai sujet ou un non-sujet, comme chez David et moi. Dans certains couples, ça va être qui paye quoi, qui rembourse qui, comment sont répartis les charges, à quel moment on paye, et cette répartition est d'ailleurs très souvent basée sur une fausse égalité : un cinquante-cinquante alors que les deux n'ont pas le même salaire.

Petit aparté au passage, parce que je porte aussi une posture féministe que j'assume totalement : diviser les frais du quotidien à parts égales entre deux revenus différents, ce n'est pas de l'égalité, c'est même souvent l'inverse. La vraie égalité se calcule au prorata des revenus de chacun. Chez nous, de toute façon, ça ne se passe pas comme ça, parce qu'on ne compte tout simplement pas. Mais je sais que pour beaucoup de couples, ce sujet est un terrain de tension permanent, et j'avais envie de partager mes réflexions là-dessus.
Avant d'aller plus loin, une précision essentielle : ce que je vais te raconter, c'est ma réalité, la vision et le fonctionnement de notre couple, mes réflexions et mon questionnement personnel. En aucun cas un modèle, en aucun cas une référence, en aucun cas une façon de bien faire. Je partage simplement ce qu'il y a dans ma tête.
Après vingt ans avec David, trois enfants, David propriétaire, et une situation financière aujourd'hui plutôt stable et tranquille, notre fonctionnement est assez simple à décrire : on ne regarde pas qui a payé quoi. Celui qui a de l'argent disponible à l'instant où il faut payer, paye. On a chacun un compte séparé, plus un compte commun qui sert vraiment uniquement pour un espace de transition. Pas de tableau de répartition, pas d'épargne de précaution, pas de provision pensée à l'avance. On fonctionne à l'instant présent, avec un rapport à l'argent que beaucoup qualifieraient d'un peu irresponsable, puisqu'on n'a clairement pas cette rigueur financière classique.
Ce qui est amusant, c'est que dans mon entreprise, j'ai au contraire une très grande rigueur : je connais mes chiffres par cœur. Mais dans ma vie personnelle, ce n'est pas du tout la même logique. Le seul endroit où j'épargne vraiment, c'est mon assurance retraite, parce qu'en tant qu'entrepreneure, c'est un sujet que je prends au sérieux. Sur le reste, ma vision de l'argent tient en une phrase : quand j'en ai besoin, je vais le chercher, je le crée, je le génère, je le trouve. C'est une énergie en mouvement constant, pas une ressource qu'on stocke ou qu'on protège par peur du manque. Je précise honnêtement que cette philosophie a parfois été casse-gueule et en même temps jusqu'à présent ça m'a vraiment réussi !!! .Et c'est, aujourd'hui encore, ma vision des choses.
Cette façon de voir l'argent dans le couple, je l'ai en partie héritée de mes parents. Mon père était chef d'entreprise, celui qui ramenait l'argent à la maison. Ma mère n'a jamais eu d'activité en dehors de la gestion du foyer, de ses filles, et de mon père lui-même, ce qui est déjà, en soi, un métier à temps plein ( surtout le vieux lol ). Et pourtant, la gestion financière, les comptes, l'épargne, la construction de la retraite, tout ça a toujours été géré entièrement par ma mère. Mon père, lui, n'a jamais su combien il gagnait, combien il avait de côté, ni combien la famille dépensait.
Chez mes parents aussi, l'argent dans le couple était un non-sujet. Le principe était simple : le couple forme une équipe, l'autre devient la famille, l'argent est un panier commun où chacun se sert selon ses besoins réels, en pensant toujours au bien collectif, tout en ayant la possibilité, quand les moyens le permettent, de satisfaire aussi des envies plus personnelles. Mais toujours en donnant la priorité à la sécurité matérielle du foyer d'abord. Je n'ai jamais entendu mes parents se dire "je t'ai prêté ça, tu me rembourses". Et je serais littéralement choquée si David me disait ça un jour.
C'est cette même logique que j'applique avec mes enfants. Si ils ont besoin et que je peux, je donne de l'argent à mes enfants. Je ne leur en prête pas. Le mot "prêter" avec mes enfants, je refuse même de l'utiliser. Aucun compte n'est tenu. Et je précise ( oui oui je vous entend les vieux de la vielle qui vont me dire ça en fait des assistés !! lol ) ça enlève rien à la valeur travail avec par exemple Joan passionné de karting, une passion qui coûte cher ( spoiler alerte aux parents, ne faites passer essayer le karting lol ) et je lui dis souvent qu'il faut se donner les moyens de ses envies et de ses rêves, donc il doit travailler pour avoir le moyen de ses envies.
Alors quand on peut, de façon raisonnable, on soutient sa passion mais on ne peut pas ( vraiment ça coute un oeil !! ) et on ne VEUT pas combler sa passion financièrement entièrement ... Car c'est aussi à nous parent de leur apprendre la valeur de l'effort et de la satisfaction du plaisir de réaliser ses rêves et ses passion.
Avant David, j'ai vécu en couple avec quelqu'un d'extrêmement contrôlant, et je me suis retrouvée maman célibataire avec mes deux enfants en bas âge. Il a fallu que je compte uniquement sur moi-même ( bon aussi merci papa, maman et ma mémé jolie à l'époque) . Je me souviens très précisément, quand j'étais avec lui et aussi parfois après ma séparation, d'avoir compté les pièces dans mon portefeuille pour acheter des couches, pour payer le loyer, d'avoir dû demander de l'aide certains mois pour m'en sortir. Je sais ce que c'est de manquer, je l'ai vécu, plus jeune, très concrètement... Et ça m'a posé la croyance que je devais sécurité mes enfants et moi financièrement pour ne plus jamais vivre cela ....

Quand David est arrivé dans ma vie, il était déjà propriétaire, issu d'une famille portugaise où le patrimoine compte énormément. Moi, j'avais deux enfants et une entreprise en construction. Ce déséquilibre de départ aurait pu créer une vraie dynamique de dépendance ou de tension. Ça ne s'est pas produit, en grande partie parce que je portais donc la conviction très forte : je devais rester financièrement indépendante, ne jamais faire porter à David la charge entière du foyer, et surtout garder la liberté de partir si mon couple allait mal. Rester avec David, je voulais que ce soit un choix, jamais une contrainte financière déguisée en amour.
Petit aparté féministe, encore un, parce que celui-là mérite d'être dit : le père de mes deux grands n'a jamais versé de pension alimentaire. À l'époque, la CAF compensait cette absence de pension à hauteur de 70 euros par mois. Le jour où je me suis déclarée en couple avec David, la CAF a arrêté de verser cette compensation. Autrement dit, la société a considéré qu'un beau-père devait naturellement prendre le relais d'un père qui avait abandonné financièrement sa famille, sans que ça choque grand monde. Petite touche rigolote qui, en réalité, ne l'est pas tant que ça.
Cette belle croyance, je suis allée la vérifier concrètement en 2016, lors d'une séparation de quelques mois avec David, qui n'avait rien à voir avec le sujet de l'argent mais bon je suis une femme d'expériences que voulez vous lol !!! J'ai pris mon propre appartement, géré mon loyer et ma sécurité financière pendant cette période avec mes trois enfants, en étant à ce moment-là entrepreneure dans l'organisation de mariages.
Cette expérience-là a validé quelque chose d'essentiel chez moi : contrairement à mon premier départ, celui loin de mon ex-mari, qui avait été une vraie galère, cette fois j'ai vu que j'en étais capable, que j'avais les ressources, que je pouvais m'en sortir seule comme une grande. Je n'avais plus besoin de rester en mode guerrière, en hypervigilance permanente, en train de me convaincre d'une insécurité financière qui n'était plus la réalité. Après cette période quand on s'est remis ensemble, quelque chose s'était déconstruit chez moi qui n'est jamais revenu de la même façon... Et je pense que c'est à ce moment là que j'ai adhéré au fait qu'on était une équipe.
Mais, ok mon couple était plus un espace de risque d'insécurité financière en cas de séparation ... Mais il resté encore une belle croyance : JE DOIS être indépendance financièrement dans mon couple et assumer MOI mes enfants.
La vraie déconstruction de mes croyances sur l'argent dans le couple, elle est arrivée avec le confinement. J'étais alors en pleine transition professionnelle, en train d'arrêter les mariages pour développer la partie coaching et thérapeutique.
J'ai perdu un temps ( le temps de l'adaptation) la quasi-totalité de mes revenus du jour au lendemain, comme beaucoup d'entrepreneurs à cette période. Chez nous, de façon tacite, jamais vraiment posée sur le papier, David couvre les charges fixes de la maison puisqu'il en est propriétaire, et moi je couvre les courses et d'autres frais courant. Pendant le confinement, je ne pouvais plus assumer ma part. Il a fallu que je lui dise clairement que je n'avais plus de rentrées d'argent, que je ne pouvais plus faire les courses ni payer mon crédit voiture.
Sa réponse a été immédiate : le principal, ce n'était pas que moi je puisse d'un côté ou que lui puisse de l'autre, c'était qu'on puisse ensemble, parce qu'on est une famille, parce qu'on est mariés, parce qu'on avance ensemble. On a vécu un temps sur son seul salaire, vive le télétravail, et ce n'était pas simple. Ce qui a été le plus difficile pour moi dans cette période, ce n'était pas le manque d'argent en soi, mon rapport à l'argent fait que je savais que ça allait revenir. C'était d'accepter de ne pas pouvoir faire ma part et de lui laisser porter seul la charge financière apparente de notre famille. J'ai ressenti, à ce moment-là, de la honte.
Cette honte-là, avec le recul, je sais exactement ce qu'elle est venue réveiller. Toute ma construction, depuis ma sortie de couple avec mon ex-mari, s'était bâtie autour d'une certitude : je ne dépendrai plus jamais financièrement de personne. Cette indépendance, je l'avais gagnée pièce par pièce, en comptant les pièces justement, en travaillant, en prouvant en 2016 que je pouvais tenir seule un appartement et trois enfants.

Devoir dire à David que je ne pouvais plus payer les courses, ce n'était pas juste une question de trésorerie, c'était toucher directement à cette part de moi qui avait juré de ne plus jamais se retrouver en position de dépendance. Une petite voix intérieure, celle qui avait survécu à un couple contrôlant, me disait que dépendre financièrement de quelqu'un, même de quelqu'un d'aussi aimant et sécurisant que David, c'était rouvrir une porte que j'avais fermée à double tour.
Il a fallu que je fasse la différence entre cette vieille peur, façonnée par une histoire où l'argent avait été une arme de contrôle, et la réalité de mon couple avec David, où l'argent n'a jamais été utilisé comme un levier de pouvoir. Accepter son aide, ce n'était pas revivre une ancienne dépendance, c'était simplement fonctionner en équipe, ce que je prêchais moi-même depuis toujours sans avoir eu, jusque-là, à vraiment le vivre dans le sens inverse. Pour lui, ça n'a jamais été un problème, jamais un reproche, jamais calculé. Ça s'est fait naturellement, et les mois suivants, quand la situation s'est rééquilibrée, il y a eu des périodes où j'ai payé davantage de mon côté, toujours sans tenir les comptes, dans les deux sens.
Avec cet article je m'interroge sur ce qui permet à l'argent de rester un non-sujet chez nous, alors qu'on ne vient ni de la même éducation, ni des mêmes principes familiaux, ni de la même définition des valeurs autour de la famille et du couple. On a construit notre propre fonctionnement, un peu à notre sauce, ce qui est peut-être justement ça, devenir adulte dans un couple.
En toute transparence, la seule zone où on peut avoir un vrai désaccord, ce n'est même pas l'argent du quotidien, c'est l'héritage et le patrimoine familial, un sujet qui touche davantage l'émotionnel que le financier pur. On est d'ailleurs mariés sous contrat depuis seize ans, précisément parce que même si l'argent du quotidien ne pose pas question chez nous, la sécurité des biens familiaux et des héritages, elle, se pose et se protège. Pour moi, il y a une vraie différence entre anticiper sereinement et être dans le déni sur ce qui pourrait se passer en cas de séparation ou de décès. Ce n'est pas la même chose.
Je pense qu'il y a aussi une valeur qu'on partage profondément, David et moi, et que je vois dans notre façon d'être avec nos enfants, notre famille, nos amis : la générosité. Si on peut faire plaisir, on le fait. Et je pense qu'on n'a pas, dans notre couple, cette peur du manque pour demain. Ce qui est intéressant, c'est que cette peur, je la connais bien ailleurs : dans mon entreprise, j'ai souvent cette peur du manque, c'est même quelque chose que je déconstruis régulièrement parce qu'elle revient souvent, et c'est aussi ce qui me pousse à me renouveler constamment, à beaucoup travailler. Mais à l'intérieur de mon couple, c'est un espace différent, un espace de sécurité, sur plein de sujets, dont l'argent. Parce que je sais que je ne suis pas seule à sécuriser cet argent, on est deux. Ça double les chances d'y arriver.
Je te partage tout ça sans prétendre détenir une vérité sur la gestion de l'argent dans le couple. Je connais autour de moi des couples qui fonctionnent avec des comptes très stricts, très séparés, et ça leur convient parfaitement, leur équilibre à eux fonctionne très bien comme ça. Ce que je te propose, c'est simplement une question à te poser à toi-même, et peut-être à poser dans ton couple : est-ce que l'argent chez toi est un sujet parce qu'il n'a jamais été posé clairement, ou parce qu'il vient toucher une insécurité plus large ? Est-ce que tu vois l'autre comme une équipe, ou est-ce que ton couple est un espace sécure sur ce plan-là ? Est-ce que c'est demain qui te fait peur, ou est-ce que c'est l'idée que l'autre puisse partir ?
Ma petite réflexion, un peu provocante mais sincère : quand on est capable de partager une vraie intimité avec quelqu'un, de mélanger ces fluides corporels et de faire des choses aussi intimes avec l'autre, je me demande pourquoi on n'est pas capable de partager un porte-monnaie.
Ce que je retiens de mon propre chemin, c'est qu'en tant qu'adultes, on porte des schémas hérités de nos parents, de nos histoires passées, de nos cultures, et que construire consciemment nos propres règles du jeu plutôt que de les subir commence par une question simple : est-ce que j'ai envie de faire de ce sujet un vrai sujet, ou un non-sujet.
Le fait d'ouvrir la communication, sans tabou, sans secret, d'accepter de demander de l'aide quand on en a besoin, d'accepter de dire qu'à un moment donné on ne peut pas, de savoir qu'on a les ressources pour sortir des sentiers battus : à force, ça devient un non-sujet. C'est vrai pour l'argent, c'est vrai pour beaucoup d'autres sujets de couple ou de famille. Et pour être tout à fait honnête, des sujets de dispute avec David, on en a d'autres. Juste pas celui-là.
Si cette réflexion résonne chez toi, si l'argent est un sujet plus lourd que tu ne voudrais dans ta relation, ou si tu as simplement envie d'explorer ce que tu portes toi-même sur ce thème, c'est exactement le genre de travail qu'on peut mener ensemble, seule ou en couple, dans mon accompagnement ou lors des retraites que j'organise. Viens m'en parler : ici