La fatigue existentielle : cette fatigue qu’aucune nuit de sommeil ne répare

Il existe une fatigue particulière, plus silencieuse que les autres, plus difficile à identifier aussi, parce qu’elle ne se manifeste pas uniquement dans le corps. C’est une fatigue qui s’installe même quand on dort correctement, même quand on mange sainement, même quand on lève le pied. Une fatigue qui ne disparaît pas avec un week-end de repos ni avec quelques jours de vacances. Cette fatigue-là, je l’ai reconnue récemment pour ce qu’elle est vraiment : la fatigue existentielle.

Je me suis longtemps demandé d’où elle venait. Est-ce l’âge qui avance et qui demande plus de vigilance ? Est-ce la saturation mentale et émotionnelle liée à l’intensité de nos vies ? Est-ce la sur-activité, le fait de porter beaucoup, pour soi comme pour les autres ? Est-ce la périménopause, avec ses bouleversements hormonaux et émotionnels encore trop peu nommés ? Probablement un peu de tout cela à la fois. La réalité, c’est que cette fatigue est plurifactorielle, et qu’elle ne peut pas être réduite à une cause unique ou à une explication simpliste.

Ce que j’ai observé chez moi, c’est une forme de saturation qui arrivait plus vite qu’avant. Une fatigue sociale, d’abord, avec une capacité moindre à enchaîner les échanges, les sollicitations, les interactions, même choisies. Une fatigue émotionnelle ensuite, liée à cette tendance à accueillir, écouter, soutenir, contenir, que beaucoup de femmes portent presque naturellement. Et puis une fatigue mentale, plus diffuse, mais bien réelle, celle de penser en permanence, d’anticiper, de structurer, de décider, de tenir des cadres, de faire tourner des systèmes.

Et pourtant, objectivement, je faisais attention. Mon hygiène de vie était là. Le sommeil, l’alimentation, les temps de repos, les espaces de calme, la conscience de mes besoins. Tout ce que l’on nous conseille habituellement pour “aller mieux” était déjà en place. Malgré cela, quelque chose saturait rapidement, comme si les ressources internes se vidaient plus vite qu’elles ne se rechargeaient.

Cercle de participants assis en pleine nature lors d’une retraite, espace de partage et de pause pour sortir du rythme quotidien et apaiser la fatigue existentielle
Crédit photo : Priscilla Gissot - Retraite Filles et Fils de la Terre

C’est à ce moment-là que j’ai compris une chose essentielle : ce n’était pas un manque de volonté, ni un défaut d’organisation, ni une fragilité personnelle. C’était un signal. Un appel à plus de douceur, plus de lucidité, plus de compassion envers moi-même. Il ne s’agissait plus de “tenir” ou de “faire face”, mais d’apprendre à me traiter comme ma propre meilleure amie, avec bienveillance, sans me juger, sans minimiser ce que je traversais.

La fatigue existentielle n’est pas un cas isolé

En prenant du recul, je me suis rendu compte que ce que je vivais, je l’entendais partout autour de moi. Chez les femmes que j’accompagne, chez des cheffes d’entreprise, chez des mères, chez des femmes engagées, conscientes, investies dans leur vie personnelle et professionnelle. Cette fatigue existentielle revient souvent dans les mots, parfois sans être clairement nommée, mais toujours présente en filigrane.

Nous évoluons dans des modes de vie exigeants, rapides, saturés d’informations, de sollicitations et d’injonctions plus ou moins visibles. Même lorsque “tout va bien” en apparence, le système nerveux, lui, reste rarement au repos. Il n’a que peu d’espaces pour réellement se déposer, intégrer, digérer ce qui est vécu.

La fatigue existentielle n’est donc pas un dysfonctionnement individuel. Elle est aussi le reflet d’un rythme collectif qui laisse peu de place à l’écoute intérieure, au silence, à la lenteur, à la respiration profonde. Dans ce contexte, il est logique que le corps, le cœur et l’esprit finissent par envoyer des signaux.

Ce que recouvre réellement la fatigue existentielle

La fatigue existentielle est un terme large, qui englobe plusieurs dimensions souvent entremêlées.

Il y a d’abord la fatigue sociale, celle qui donne envie de se retirer, de limiter les interactions, non pas par rejet des autres, mais par besoin vital de préserver son espace intérieur. Le simple fait d’échanger, d’expliquer, de s’adapter peut devenir coûteux énergétiquement.

Il y a ensuite la fatigue émotionnelle, particulièrement présente chez les femmes qui ont l’habitude de porter, de soutenir, d’accompagner. Celles qui savent écouter, comprendre, apaiser, mais qui oublient parfois de déposer ce qu’elles portent à l’intérieur.

Il y a aussi la fatigue mentale, plus sournoise, celle d’un mental qui ne s’arrête jamais vraiment, même dans les moments de repos. Penser, anticiper, organiser, décider, faire tenir ensemble des responsabilités multiples demande une énergie considérable.

Et puis il y a la fatigue existentielle au sens le plus profond, celle du sens. Cette sensation diffuse de vivre en pilote automatique, de ne plus vraiment sentir ce qui fait vibrer, de se demander, parfois sans mots, à quoi tout cela mène. Ce n’est pas une dépression, ce n’est pas un désespoir, mais une forme de lassitude intérieure, un éloignement progressif de soi.

Temps de cercle et d’écoute autour du feu lors d’une retraite, espace sécurisant pour déposer la fatigue mentale et retrouver du sens.
Crédit photo : Priscilla Gissot - Retraite Filles et Fils de la Terre

C’est pour cela que se reposer ne suffit pas toujours. Dormir est nécessaire, évidemment, mais insuffisant quand la fatigue ne vient pas seulement du corps, mais d’une déconnexion plus profonde à son rythme intérieur, à ses besoins essentiels, à ce qui nourrit réellement.

Pourquoi le repos classique ne suffit plus

Un week-end, même agréable, ne change pas grand-chose lorsqu’on revient exactement dans le même cadre, le même rythme, les mêmes sollicitations. Quelques jours de vacances peuvent offrir un soulagement temporaire, mais ils ne touchent pas toujours la racine de la fatigue existentielle.

À ce stade, ce qui est souvent nécessaire, ce n’est pas seulement plus de repos, mais un changement d’espace, de cadre, de temporalité. Sortir, physiquement et symboliquement, de ce qui nous épuise, même inconsciemment, permet au système nerveux de se réguler autrement.

La fatigue existentielle appelle souvent une rupture douce, pas une fuite, une mise à distance suffisante pour retrouver de la clarté, du souffle, du discernement.

Ce que j’ai mis en place concrètement pour traverser cette fatigue

Avant même de chercher des solutions extérieures, j’ai dû commencer par regarder très honnêtement ce que je pouvais changer dans mon quotidien. La première chose, et sans doute l’une des plus structurantes, a été d’apprendre à dire non. Dire non à certaines sollicitations, à des invitations, à des moments pourtant agréables, mais que je sentais trop coûteux pour moi sur l’instant. Dire non, non pas par rejet, mais par respect de mon énergie du moment.

Ce travail s’est accompagné d’un gros chantier intérieur autour de la culpabilité. Celle de ne pas être disponible, de rater un moment, de ne pas répondre présent. J’ai appris à transformer ce manque supposé en un cadeau que je me faisais : celui du temps calme, du recul, du silence. Et plus je me suis autorisée ces espaces, plus j’ai compris que ce “non” n’enlevait rien aux autres, mais me rendait beaucoup plus juste avec moi-même.

J’ai également profondément lâché prise sur le besoin de tout contrôler. Accepter mon impuissance a été un tournant. Arrêter de vouloir tout gérer, tout anticiper, être partout, tout le temps, pour tout le monde. Sortir de cette hyper-disponibilité qui, sous couvert de générosité, finit par devenir une forme d’auto-abandon. Aujourd’hui, j’ai arrêté de vouloir tout tenir à bout de bras, et ce relâchement-là a été extrêmement libérateur.

Échange en petit groupe pendant une retraite en forêt, moment de parole et de soutien pour traverser la fatigue sociale et émotionnelle.
Crédit photo : Priscilla Gissot - Retraite Filles et Fils de la Terre

Une autre clé essentielle a été de me reconnecter à mon corps. L’écouter réellement, et pas seulement quand il crie. Être attentive à mon cycle de sommeil, à ce qui me nourrit vraiment, aux aliments qui me font du bien et à ceux qui me fatiguent. Revenir à une relation plus douce, plus attentionnée, plus respectueuse avec ce corps qui, depuis toujours, me parle.

Je me suis aussi autorisée des moments de plaisir simple, sans justification. Lire, par exemple. M’installer avec un livre, une tasse de thé, et n’avoir rien d’autre à faire que d’être là. Sans rentabiliser ce temps, sans en faire un outil de développement personnel, juste pour le plaisir d’être vivante et présente.

Poser des limites claires à mon entourage a également été une étape importante. J’ai notamment pris le temps d’écrire un message à mes trois enfants, qui sont grands aujourd’hui, pour leur expliquer qu’en ce moment, avec mon travail, ma santé et ce qui se joue dans ma vie personnelle, je ne pouvais plus être dans une hyper-disponibilité permanente. Que j’avais besoin qu’ils se responsabilisent davantage.

Ce message, posé avec amour et honnêteté, a été très bien accueilli. Ils m’ont remerciée de l’avoir exprimé clairement et ont fait attention à cela. Cette expérience m’a rappelé que poser des limites avec amour est non seulement possible, mais souvent profondément sécurisant pour tout le monde.

J’ai aussi appris à faire le tri dans mes entourages. À reconnaître les personnes ressources, celles qui nourrissent, qui soutiennent, qui apaisent, et à prendre de la distance avec celles qui, même sans mauvaise intention, sont chronophages ou énergivores. Là encore, il ne s’agit pas de juger, mais de se respecter.

Masques symboliques posés au sol lors d’une retraite, représentant le fait de déposer les rôles, ralentir et se reconnecter à soi face à la fatigue existentielle.
Crédit photo : Priscilla Gissot - Retraite Filles et Fils de la Terre

Enfin, un travail fondamental pour moi a été d’éduquer et de discipliner mon mental. J’ai une imagination très puissante, capable de me faire partir dans des scénarios extrêmement élaborés. J’apprends aujourd’hui à lui dire de se taire quand il s’emballe. Deux phrases m’accompagnent beaucoup. La première : « Est-ce que tu as une preuve de ce que tu imagines ? » Si je n’ai pas de preuve, alors cela n’existe pas. La seconde : tout ce qui n’est pas sous mon contrôle sort de mon champ de responsabilité. Mettre de la distance, c’est aussi se protéger.

À un moment donné, j’ai compris qu’il fallait aussi apprendre à se foutre la paix. Arrêter de vouloir toujours comprendre, analyser, améliorer, optimiser. Arrêter d’être dans le "faire" en permanence. Le but de la vie n’est pas de devenir une version sans cesse plus performante de soi-même. Le but de la vie, c’est de vivre.

Se lever le matin, sentir le cœur qui bat, les poumons qui respirent, et continuer. Kiffer. Collectionner les paillettes de joie. Le reste, franchement, flemme. J’ai d’ailleurs déjà écrit sur cette philosophie de la flemme: ici , et elle m’aide énormément à remettre les choses à leur juste place.

Pourquoi les retraites sont devenues des espaces essentiels pour moi

Même en tant qu’organisatrice, je vis les retraites comme des moments profondément fondamentaux pour moi. Organiser une retraite, tenir un groupe pendant deux jours, trois jours ou parfois une semaine entière, accompagner entre six et seize personnes dans des espaces intimes et sensibles, demande une grande disponibilité, une concentration constante et une présence de chaque instant. C’est une vraie fatigue, une fatigue saine, parce qu’elle est reliée à quelque chose qui me fait profondément vibrer.

Ce sont des moments où je suis pleinement dans l’action, dans l’engagement, dans ce que j’aime faire. Et paradoxalement, ce sont aussi des espaces extrêmement ressources pour moi, parce que je suis totalement sortie de mon quotidien. Je ne porte plus tous mes rôles habituels. Il n’en reste qu’un seul : celui de thérapeute et d’organisatrice. Tout le reste s’efface.

Les retraites sont des espaces très sécures, bienveillants, non jugeants, où l’émotionnel a toute sa place. Il peut exister librement, dans un cadre respectueux pour chacun, sans être réprimé ni contrôlé. Ce sont des espaces où le mental, l’inconscient et les émotions peuvent circuler, s’exprimer, se déposer, sans avoir besoin d’être corrigés ou expliqués.

Moment de soin au tambour en pleine nature pendant une retraite, favorisant le lâcher-prise, la reconnexion au corps et l’apaisement de la fatigue émotionnelle.
Crédit photo : Priscilla Gissot - Retraite Filles et Fils de la Terre

Ce sont aussi des espaces de réflexion profonde, où quelque chose se remet en mouvement à l’intérieur. Selon les thématiques des retraites, évidemment, les expériences vécues ne sont pas les mêmes. Une retraite comme Human en Afrique n’ouvre pas les mêmes portes qu’une retraite comme Cœur de Flammes, centrée sur des émotions telles que la colère, la peur ou la tristesse. Et pourtant, dans tous les cas, ces espaces m’emmènent dans des zones de réflexion et de transformation qui me nourrissent autant que je nourris le groupe.

Je travaille sur moi dans ces espaces, tout en étant portée par le cadre posé, par la qualité de présence des personnes, par les expériences vécues ensemble. C’est cette combinaison-là qui rend les retraites si ressourçantes. Elles ne sont pas une coupure avec la vie, c'est un retour à l’essentiel, dans un cadre qui permet de se déposer, de respirer et de repartir autrement.

On peut venir en retraite pour mille raisons différentes. Contrairement à ce que l’on imagine parfois, on ne vient pas en retraite parce qu’on est en dépression ou parce qu'on a un problème ... On vient en retraite parce qu’on ressent le besoin de se déposer, de prendre du recul, de respirer autrement, de faire le point. La fatigue existentielle, la fatigue morale ou la fatigue sociale peuvent faire partie de ces raisons. Si l’idée de vivre une retraite résonne pour toi, ou si tu as simplement envie d’en parler, tu peux me contacter et on voit ensemble ce qui serait juste.

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