Driver être forte : quand on nous a appris à tenir plutôt qu’à nous écouter

Le driver être forte est l’un des conditionnements les plus courants transmis aux femmes de générations en générations dans nos cultures. Il ne s’enseigne pas à l’école, il ne s’écrit pas dans les livres, et pourtant il façonne des générations entières. On nous a appris à tenir, à encaisser, à continuer, à protéger, à gérer, à porter. Être forte est devenu une valeur, parfois même une identité. Être forte, c’était être fiable. Être forte, c’était être aimable. Être forte, c’était être digne de confiance.

Début janvier, alors que je commence à m’imprégner de l’expérience que je vais vivre à HUMAN, en Tanzanie, je prends conscience de quelque chose d’essentiel. Cette retraite, que je vis pour la troisième fois, est toujours un miroir. Elle dépouille. Elle met à nu. Elle vient toucher des endroits très profonds, y compris chez moi qui l’organise.

Et cette année, ce miroir m’a renvoyé une évidence dérangeante : j’ai minimisé ce que m'a couté l’année 2025... pas ce que j'y ai vécu mais les ressources, l'énergie, la santé mentale et physique que j'y ai mis pour la vivre et la traversé en restant debout et bien avec moi et les autres.

Pas par déni. Pas par fuite. Mais parce que le driver être forte était toujours à l’œuvre.

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Crédit photo : Céline Machy - Retraite Makaïa

Qu’est-ce qu’un driver en thérapie ?

En thérapie et en coaching, un driver est un conditionnement inconscient, une injonction intérieure que l’on a intégrée très tôt dans l’enfance pour être aimé, reconnu, sécurisé ou accepté. Le driver n’est pas un trait de caractère, ni une identité, mais une stratégie de survie psychique. Il se met en place quand l’enfant comprend, souvent sans mots, que pour recevoir de l’amour, de la reconnaissance ou éviter le rejet, il doit fonctionner d’une certaine manière.

Le problème n’est pas le driver en lui-même — il a souvent été salvateur à un moment donné — mais le fait qu’il continue de piloter nos comportements à l’âge adulte, même quand il n’est plus adapté, au détriment de notre corps, de nos émotions et de notre alignement intérieur.

Les principaux drivers identifiés en thérapie

On identifie classiquement cinq grands drivers, qui peuvent coexister chez une même personne, avec un ou deux dominants :

  • Sois fort(e) : ne montre pas tes émotions, tiens, encaisse, ne faiblis pas.
  • Fais plaisir : pense aux autres avant toi, évite le conflit, sois aimé coûte que coûte.
  • Sois parfait(e) : fais bien, fais mieux, ne fais pas d’erreur, sois irréprochable.
  • Dépêche-toi : fais vite, n’a pas le temps, sois toujours dans l’urgence.
  • Fais des efforts : rien n’est facile, il faut mériter, lutter, forcer.

Ces drivers ne sont ni bons ni mauvais. Ils deviennent problématiques lorsqu’ils fonctionnent en automatique, sans conscience, et qu’ils nous coupent de nos besoins profonds, de notre rythme, de notre corps et de notre vérité émotionnelle.

Driver être forte : un conditionnement profondément ancré chez les femmes

Le driver être forte ne naît pas par hasard. Il est le fruit d’une histoire collective, sociale, familiale et transgénérationnelle. Il prend racine dans des générations de femmes pour qui ne pas tenir n’était pas une option. Il s’est transmis comme une stratégie de survie, parfois comme une nécessité vitale.

Le driver être forte ne s’est pas installé par hasard dans la conscience collective des femmes françaises. Il s’est profondément cristallisé au moment des Première et Seconde Guerres mondiales, lorsque les femmes ont dû porter le pays à bout de bras en l’absence des hommes partis au front. Elles ont travaillé, élevé les enfants, assuré la survie matérielle et émotionnelle des familles, sans espace pour s’effondrer, sans possibilité d’exprimer la peur, la tristesse ou l’épuisement.

Ce mode de fonctionnement, vital à l’époque, s’est ensuite transmis silencieusement de génération en génération. Il est devenu une norme, puis une valeur, puis une identité : tenir, ne pas faillir, protéger, porter les autres avant soi. Même aujourd’hui, alors que les contextes ont changé, ce conditionnement reste profondément inscrit dans les corps, les réflexes et les postures féminines.

Dans mon histoire personnelle, ce driver est intimement lié à l’image de ma mère. Une mère au foyer, extrêmement présente, disponible, engagée auprès de ses trois filles et de son mari. Une mère que je n’ai jamais vue pleurer durant mon enfance. Jamais vue s’effondrer. Jamais vue malade. Jamais vue débordée. Il n’y avait pas de partage de vulnérabilité, pas d’émotions déposées, pas de peur exprimée.

Il n’y a aucun reproche dans ce constat. Ma mère a fait avec ce qu’on lui avait transmis. Comme tant de femmes. Mais le message, lui, était clair : une femme tient. Une femme encaisse. Une femme protège. Une femme porte. Et ce message, je l’ai intégré très tôt.

Le paradoxe du féminin : quand être mère nous pousse dans une énergie masculine permanente

Il existe un paradoxe fondamental que l’on interroge rarement. Être mère est, par essence, l’expérience la plus féminine qui soit. Mettre au monde, porter la vie, donner naissance, nourrir, contenir, accompagner un être humain dans ses premiers pas, tout cela relève d’une énergie profondément féminine. Et pourtant, dans nos sociétés modernes, tout ce qui définit le rôle de mère repose presque exclusivement sur une énergie masculine.

Être mère aujourd’hui, ce n’est pas seulement donner la vie. C’est agir en permanence. Protéger. Anticiper. Organiser. Décider. Porter la responsabilité mentale, émotionnelle, logistique et financière de la famille. Être forte pour son enfant. Être solide. Être fiable. Être celle qui tient quand l’autre lâche.

Quand on regarde les mères célibataires, les femmes qui portent seules la charge de la vie familiale, la question ne se pose même pas. Heureusement qu’elles sont dans une énergie masculine, sinon le système s’effondrerait. Elles n’ont pas le luxe de ne pas l’être. Et j’espère profondément qu’elles trouvent parfois, quelque part, un espace pour revenir à une énergie féminine, tant le coût de cette hyper-sollicitation est immense.

Femme allongée soutenue par une autre femme, représentation du lâcher-prise, de la vulnérabilité et de la déconstruction du driver être forte.
Crédit photo : Céline Machy - Retraite Makaïa

La réalité, c’est que toutes les mères, dans nos sociétés, sont profondément installées dans une énergie masculine. Même celles qui sont en couple. Même celles qui sont entourées. Parce que le modèle social laisse très peu de place à une maternité vécue depuis le féminin. Il existe bien quelques interstices, quelques parenthèses, elles restent rares et souvent culpabilisées.

C’est là que le driver être forte s’ancre profondément encore. Être mère devient synonyme de tenir, de porter, de ne pas faillir. Être mère, ce n’est pas être traversée par ses émotions, c’est les contenir. Ce n’est pas être vulnérable, c’est être stable. Ce n’est pas demander de l’aide, c’est assurer.

Une transmission silencieuse dans les lignées féminines

Quand je regarde la lignée des femmes du côté de ma mère — ma grand-mère, ma tante — je retrouve exactement ce même schéma. Un schéma dans lequel les émotions ne se partagent pas. Pas parce qu’elles n’existent pas, mais parce qu’il ne faudrait pas les imposer aux autres.

Il ne faut pas montrer qu’on a peur.
Il ne faut pas montrer qu’on est triste.
Il ne faut pas montrer qu’on est en colère.

Parce que ce serait peser sur l’autre. Parce que ce serait déranger. Parce que ce serait prendre trop de place.

Alors on porte. On encaisse. On tient. On devient celle qui est solide, celle qui a les solutions, celle qui soutient tout le monde, celle qui dirige, organise, régule. Et même quand on commence à déconstruire ces schémas, même quand on en prend conscience, ils restent là. Profondément ancrés dans le corps, dans les réflexes, dans la posture.

Le driver être forte ne se transmet pas par des discours. Il se transmet par des silences, par ce que l’on ne montre pas, par ce que l’on retient, par ce que l’on croit être une preuve d’amour.

Une année 2025 traversée… et minimisée

Cercle de femmes enlacées, symbole de la sororité, de la transmission féminine et de la guérison du driver être forte.
Crédit photo : Céline Machy - Retraite Makaïa

En me préparant à repartir pour HUMAN édition 3, je me suis rendu compte que j’avais minimisé l’impact de l’année 2025 sur ma santé mentale, émotionnelle et physique. J’avais conscience de certaines choses, notamment de l’impact sur ma vie sociale, mais j’avais largement sous-estimé la fatigue et la charge accumulées.

Il y a eu le départ de ma fille, quand elle a pris son appartement avec son ex amoureux, juste après mon retour de la retraite dans le désert. Il y a eu les vagues successives d’annonces autour de la santé de ma mère et de son cancer. Il y a eu des tensions familiales profondes, des moments violents, des ruptures de lien.

Il y a mes propres examens de santé, l'installation de la péri-ménopause et ses effets ( on en reparlera de ça bientôt lol), les différents épreuves vécus par mes enfants... Il y a eu la fin de vie de ma grand-mère. Et il y a eu l'entreprise qui a décollé de ouf et que j’aime profondément... Il y a eu des trucs géniaux et des trucs de grosses merdes.. Il y a eu surtout beaucoupppppppp de choses en même temps.

J’ai tout traversé presque tranquille ...Alors j’ai cru que ça allait.

Le driver être forte comme mécanisme de minimisation

Le driver être forte ne se manifeste pas seulement par le fait de continuer malgré tout. Il se manifeste aussi par une capacité très fine à minimiser ce que l’on vit. À relativiser. À banaliser. À se dire que « ça va », tant que l’on fonctionne.

J’ai pourtant pris soin de moi. J’ai ralenti. J’ai mis de la douceur. J’ai priorisé. J’ai passé du temps seule. Je ne me suis pas abandonnée. Et en même temps, j’ai minimisé le coût réel de ces choix. J’ai minimisé l’énergie nécessaire pour se choisir. J’ai minimisé la charge émotionnelle que représente le fait de rester ressource pour les autres tout en se soutenant soi-même. J'ai minimisé le coût que ça m'a couté de tenir en équilibre .. d'être forte à ne jamais dire ok la je tombe et on verra ..

Le driver être forte est subtil. Il peut cohabiter avec une grande conscience de soi. Il peut se cacher derrière des pratiques de développement personnel avancées. Il peut rester actif même quand on croit l’avoir déconstruit.

Déconstruire le driver être forte : une autre définition de la force

Pendant longtemps, j’ai cru que déconstruire le driver être forte revenait à devenir fragile. Aujourd’hui, je sais que c’est une illusion. Déconstruire ce driver, ce n’est pas renoncer à sa puissance, c’est en changer la nature.... Je veux être forte à partir de mon énergie féminine... avec comme ressource mon énergie masculine.

Être forte, ce n’est pas ne jamais tomber. Être forte, c’est reconnaître ce qui nous traverse. Être forte, c’est s’autoriser à ressentir dans un monde qui valorise la performance émotionnelle. Être forte, c’est parfois aller à contre-courant pour rester alignée à soi.

Déconstruire le driver être forte, c’est quitter une force de contrôle pour une force d’ancrage. Une force vivante. Une force honnête.

Driver être forte et corps qui parle

Le corps est souvent le premier à payer le prix du driver être forte. Fatigue chronique, inflammations, douleurs diffuses. Le corps devient le lieu d’expression de ce que l’on a appris à taire.

Quand on ne s’autorise pas à reconnaître l’impact réel de ce que l’on vit, le corps finit par le faire à notre place. Non comme une punition, mais comme un signal. Un rappel. Une invitation à ralentir.

Déconstruire le driver être forte, c’est aussi réhabiliter le corps comme allié. Accepter que la fatigue soit un message. Que l’émotion soit une information. Que la vulnérabilité soit une intelligence.

Mains tenant des roses blanches et roses, illustrant le driver être forte, la connexion aux émotions et la réconciliation avec le corps féminin.
Crédit photo : Céline Machy - Retraite Makaïa

Ce que j’ai envie de transmettre à mes enfants

Ça fait bien longtemps que j'ai décidé que je ne veux pas que ma fille, ni mes fils, vivent avec l’idée que la valeur d’un être humain se mesure à sa capacité à encaisser. Être une femme, ce n’est pas être forte en permanence. Être un homme, ce n’est pas être dur. Être humain, ce n’est pas performer sa résistance.

Le driver être forte n’a pas à devenir un héritage inconscient. Ce que j’ai envie de transmettre, c’est la capacité à se connaître, à s’écouter, à s’ajuster. À être vivant plutôt qu’irréprochable.

Sortir du rôle pour revenir à l’humain

Déconstruire le driver être forte, c’est sortir d’un rôle appris pour revenir à une expérience incarnée de soi. Ce n’est pas abandonner sa responsabilité ni sa capacité d’action. C’est cesser de confondre valeur personnelle et endurance émotionnelle.

C’est accepter que l’on puisse être engagée, compétente, aimante, tout en étant fatiguée. C’est remettre de la conscience là où, pendant longtemps, il n’y avait que de l’automatisme.

Choisir une autre forme de force

Le driver être forte m’a permis de traverser beaucoup de choses. Il m’a soutenue. Il m’a protégée. Et aujourd’hui, je choisis qu’il ne pilote plus seul ma manière d’être au monde.

Aujourd’hui, je ne cherche plus à être forte depuis mon énergie masculine, comme si c’était la seule voie possible pour tenir, agir et assumer. Je choisis d’être forte à partir de mon énergie féminine, avec mon énergie masculine comme ressource, et non comme pilote permanent. La différence est fondamentale.

Être forte depuis le féminin, c’est partir de l’écoute, du ressenti, du corps, du rythme intérieur, de l’intuition et de la relation au vivant. C’est laisser l’émotion circuler, reconnaître la fatigue, respecter les cycles, sentir quand il est juste d’agir et quand il est juste de ralentir.

L’énergie masculine, dans cette posture, ne disparaît pas : elle soutient, structure, protège, met en action quand c’est aligné. Elle n’impose plus, elle sert. Être forte de cette manière, ce n’est plus tenir contre soi, c’est avancer avec soi. Ce n’est plus une force de contrôle, mais une force enracinée, vivante, profondément incarnée.

Et toi tu en es ou avec ton Driver Etre Forte ?

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