Je suis devenue extrémiste face à la médiocrité humaine

Il y a peu de temps, une situation m’a obligée à regarder une nouvelle facette de moi et à prendre conscience de mon intolérance grandissante face à ce que j’appelle la médiocrité humaine.

Je me suis retrouvée face à une personne avec laquelle j’ai essayé de discuter. Une fois. Puis deux. J’ai tenté d’expliquer, d’ouvrir un espace d’échange, d’apporter un autre regard. J’ai même pris le temps de questionner ma propre posture :

Est-ce que je suis trop dure ? Est-ce que je peux nuancer ma façon de voir les choses ? Est-ce qu’il y a, dans ce que cette personne me renvoie, quelque chose que je peux entendre et qui pourrait agrandir ma propre carte du monde ? J’ai fait ma part.

En face, rien ne bougeait.Aucune remise en question. Aucune volonté de regarder l’impact de ses comportements. Aucune capacité à prendre ses responsabilités. Seulement de la fermeture, de la justification, du rejet et cette manière très pratique de considérer que le problème vient toujours des autres.

Et quelque chose s’est fermé en moi.Sans hurler. Sans chercher à humilier cette personne. Sans vouloir me venger, lui donner une leçon ou obtenir le dernier mot.J’ai simplement cessé de la voir.

Nous avons continué à nous trouver dans les mêmes espaces pendant un temps. Pourtant, elle n’existait plus dans ma réalité. Je ne l’écoutais plus, je ne cherchais plus à la comprendre et je ne me demandais plus comment l’aider à évoluer. Pour la première fois, je n’avais plus envie de changer quelqu’un.J’avais seulement envie qu’il ne fasse plus partie de ma vie. Et j’ai pris conscience d’une chose qui ne me plaît pas à moitié, alors autant la dire franchement : je suis devenue extrémiste face à la médiocrité humaine.

Deux femmes s’enlacent après une libération émotionnelle pendant la retraite Cœur de Flamme
Crédit photo : Céline Machy

Ce que j’appelle la médiocrité humaine

Je ne parle pas d’intelligence intellectuelle, de niveau d’études, de culture générale, de classe sociale ou de réussite professionnelle.Je ne parle pas non plus des personnes qui ont peur, qui portent des blessures, qui vivent enfermées dans certaines croyances ou dont la vision du monde est encore petite.

J’accompagne chaque jour des êtres humains qui doutent, qui se trompent, qui sont remplis de peurs et de croyances limitantes. Leur carte du monde est parfois minuscule parce que la vie, leur histoire ou leur environnement ne leur ont pas encore permis de voir plus grand.

La différence, c’est qu’ils ont envie de l’ouvrir. Ils acceptent de regarder. Ils questionnent leurs certitudes. Ils prennent le risque de découvrir qu’ils ont eu tort. Ils reconnaissent leurs contradictions et essaient de faire autrement. Pour moi, la médiocrité humaine commence ailleurs.

Elle commence lorsqu’une personne considère que sa façon de penser, de vivre, d’aimer, de travailler, de prendre sa place et de regarder le monde est la seule valable.

Elle commence lorsqu’une personne refuse toute remise en question, même lorsque les faits, la discussion ou la souffrance des autres viennent cogner contre ses certitudes.

Elle commence lorsque quelqu’un humilie, rabaisse, se moque ou chie sur la gueule des autres, puis explique que le problème vient de leur susceptibilité.

Elle commence lorsqu’on ne prend jamais la responsabilité de ce que l’on crée autour de soi.

Des femmes réunies dans une étreinte collective lors d’une retraite thérapeutique
Crédit photo : Céline Machy

Lorsqu’on fait de la grosse merde et que l’on attend ensuite que les autres comprennent, pardonnent, nettoient et passent à autre chose.

La médiocrité humaine, ce n’est pas de tomber. C’est de refuser de regarder qui l’on a écrasé en tombant.

J’ai une immense tolérance à l’erreur humaine

Nous faisons tous des erreurs. Nous sommes tous, à certains moments, incohérents, contradictoires ou profondément maladroits. Nous pouvons blesser quelqu’un alors que ce n’était pas notre intention. Nous pouvons être enfermés dans une croyance que nous n’avions jamais pensé à questionner. Nous pouvons avoir des comportements dont nous ne mesurons les conséquences qu’après coup.Je sais pardonner beaucoup de choses.

Je peux comprendre les blessures derrière un comportement, les mécanismes de protection, les peurs et les histoires familiales qui nous ont construits. Je peux reconnaître qu’une personne n’avait pas les ressources nécessaires à un moment précis. Je peux accueillir quelqu’un qui vient me dire : « J’ai merdé. Je vois ce que je t’ai fait vivre. Je comprends les conséquences et je vais faire ce qu’il faut pour réparer ce qui peut encore l’être. »

Je n’ai pas l'utopie des humains parfaits fait que d'amour et de bonté....Je cherche à partager ma vie avec des humains capables de regarder leur propre merde sans demander immédiatement à quelqu’un d’autre de leur expliquer pourquoi elle sent mauvais,ni accuser que se soit la faute des autres sans regarder leur responsabilité personnelle

Et surtout, je cherche des personnes qui ont le courage de faire quelque chose de ce qu’elles découvrent. Parce que l’émotion ne suffit pas. Pleurer n’est pas prendre ses responsabilités. Avoir honte n’est pas réparer. Se sentir mal à cause de ce que l’on a fait ne signifie pas que l’on mesure réellement ce que l’on a fait subir aux autres. Et surtout même les excuses ne réparent pas tout.

S’excuser ne donne pas automatiquement droit au pardon

Nous avons construit une vision étrange du pardon. Comme si le simple fait de prononcer « pardon » obligeait l’autre à effacer ce qui s’est passé, à rouvrir sa porte et à reprendre la relation exactement là où elle s’était arrêtée. Comme si les excuses constituaient une sorte de gomme magique.

Tu peux regretter sincèrement ce que tu as fait. Tu peux présenter des excuses honnêtes. Tu peux même entreprendre un immense travail sur toi. La personne que tu as blessée garde malgré tout le droit de ne plus vouloir de toi dans sa vie. Parce que pardonner n’oblige pas à redonner accès. Comprendre n’oblige pas à poursuivre une relation. Reconnaître l’humanité de l’autre ne nous condamne pas à reprendre le risque d’être blessé, humilié ou entraîné une nouvelle fois dans son chaos.

Il existe des comportements qui cassent quelque chose de manière définitive. Des limites franchies trop souvent ou trop violemment. Des situations après lesquelles nous pouvons simplement décider : « Je ne veux plus jamais ressentir cela à cause de toi. » Ce n’est pas de la vengeance.C’est une conséquence.

Une femme pose la main sur son cœur pendant un temps d’écoute de soi en retraite thérapeutique
Crédit photo : Céline Machy

Certaines opinions ne sont pas seulement des opinions

Ma tolérance s’arrête également lorsque la dignité, la liberté ou la sécurité d’autres êtres humains deviennent le sujet d’un débat confortable.

Je n’ai plus envie d’arrondir les angles face aux propos racistes, xénophobes, homophobes ou sexistes.Je n’ai plus envie d’entendre que ce sont simplement des opinions différentes et que l’ouverture d’esprit m’obligerait à toutes les respecter.

Non. Penser que certaines personnes valent moins que d’autres en raison de leur couleur de peau, de leur origine, de leur genre, de leur orientation sexuelle ou de leur religion ne constitue pas une petite divergence intellectuelle à discuter tranquillement entre le fromage et le dessert.

Ces idées produisent des conséquences réelles sur la vie de personnes réelles. De la même manière, je ne considère pas le vote RN ( voila j'assume ouvertement ma position !! ) comme un choix politique anodin que l’on pourrait isoler de l’histoire de ce parti, de ses idées et de leurs conséquences pour les personnes étrangères, racisées, LGBTQIA+ , les femmes et les enfants ...et pour toutes les minorités directement menacées par cette vision du monde.

Je sais que certaines personnes pensent voter pour leur pouvoir d’achat, leur sécurité ou parce qu’elles ne croient plus aux autres partis. Je sais qu’elles peuvent se raconter qu’elles ont de bonnes raisons. À un moment donné, une bonne intention que l’on s’attribue ne suffit plus à annuler les conséquences de son choix. Lorsque ta solution à tes peurs consiste à désigner d’autres êtres humains comme le problème, je n’ai pas à considérer que nous avons simplement une jolie différence d’opinion. Et oui, à cet endroit-là, je suis devenue intolérante.

Une femme pose sa main sur le cœur d’une autre dans un geste de présence et de soutien
Crédit photo : Céline Machy

Je n’ai plus envie de sauver tout le monde

Pendant longtemps, j’ai cru très fort que les gens pouvaient changer. Je le crois encore.

Mon métier entier repose en partie sur cette conviction : un être humain peut prendre conscience, déconstruire, réparer, évoluer et agrandir sa vision du monde.

En revanche, j’ai enfin compris que tous les êtres humains n’en ont pas envie. On ne peut pas forcer quelqu’un à se remettre en question. On ne peut pas ouvrir les yeux d’une personne déterminée à les garder fermés. On ne peut pas faire le chemin de quelqu’un à sa place, même lorsque l’on voit parfaitement le mur vers lequel il court. Et qui je suis moi pour décider pour l'autre qu'il doit changer ....

Pendant longtemps, j’ai voulu expliquer davantage. Trouver les bons mots. Comprendre la blessure cachée derrière le comportement. Créer un espace suffisamment sécurisant pour que l’autre puisse enfin regarder. Cette posture pouvait sembler généreuse. Elle contenait aussi une immense dose d’hyper-responsabilité. Je me donnais la mission de faire évoluer quelqu’un qui ne m’avait rien demandé et qui, parfois, utilisait toute l’énergie que je lui offrais pour mieux résister.

Aujourd’hui, je rends à chacun sa part. Je prends la responsabilité de mes mots, de mes actes, de mes limites et des personnes auxquelles je donne accès à ma vie. Je laisse aux autres la responsabilité de leur conscience, de leurs choix, de leurs comportements et des conséquences qui les accompagnent. Je peux être impuissante à changer quelqu’un sans être obligée de subir ce qu’il est.

La tolérance ne consiste pas à supporter l’insupportable

Nous confondons souvent la tolérance avec une absence totale de limites. Être ouverte d’esprit signifierait écouter indéfiniment. Comprendre toutes les blessures. Accueillir toutes les différences. Laisser encore une chance.

Puis une autre. Et une autre, parce que la personne souffre, parce qu’elle a eu une enfance difficile, parce qu’elle ne sait pas faire autrement ou parce qu’au fond, quand même, elle a sûrement un bon fond, parce qu'elle a toujours été comme ça, parceque quand même elle a des bons cotés...

Je peux comprendre pourquoi tu fonctionnes ainsi et décider que je ne veux pas de ce fonctionnement dans ma vie.  Les deux peuvent coexister.

Je peux voir ton humanité sans t’offrir une place à ma table. Je peux reconnaître ta souffrance sans lui permettre de devenir la mienne. Je peux entendre tes excuses sans reprendre la relation. Je peux refuser un comportement sans déclarer une guerre. Poser une limite ne demande pas forcément de crier, de convaincre, de punir ou d’organiser un grand procès populaire. Parfois, la limite la plus claire est une porte que l’on ferme calmement.

Oui, je choisis les personnes qui existent dans mon monde

Le monde est immense.

Mes voyages, mes rencontres et mon métier me le rappellent sans arrêt. Il existe tellement d’êtres humains curieux, ouverts, responsables, capables d’humilité et désireux de comprendre ce qui se trouve au-delà de leur propre réalité.

Je n’ai pas besoin d’imposer à ma vie des personnes qui refusent obstinément de regarder plus loin que leur peur, leur confort ou leur petit bout de certitude.

Une femme soutient une participante traversant une émotion pendant la retraite Cœur de Flamme
Crédit photo : Céline Machy

Je n’ai plus envie de consacrer mon énergie à combattre leur fermeture. Je n’ai plus envie de ressentir de la honte à cause de comportements qui ne m’appartiennent pas. Je n’ai plus envie de réparer ce que d’autres détruisent, ni de traduire l’humanité à des personnes qui ne souhaitent pas l’entendre. Je ne cherche pas à les faire disparaître du monde.

Car ils en font pleinement et entièrement partie c'est ce qui crée aussi la richesse du vivant.

Je décide simplement qu’elles n’ont pas automatiquement le droit d’exister dans ma vie.

Cette différence est fondamentale.

Et je crois que toute cette réflexion pose aussi la question de l’intelligence émotionnelle. Pas celle qui consiste à connaître le nom de toutes les émotions ou à se présenter comme quelqu’un de sensible.

Je parle de la capacité à reconnaître ce qui se passe en soi sans le déverser sur les autres, à entendre ce que nos comportements leur font vivre, à supporter l’inconfort d’une remise en question et à prendre la responsabilité de réparer lorsque nous avons blessé.

L’intelligence émotionnelle ne nous empêche pas de faire des erreurs. Elle nous permet de ne pas transformer systématiquement nos blessures, nos peurs et notre honte en problèmes que les autres devront porter à notre place. Et je me demande si la véritable médiocrité humaine ne commence pas précisément là : dans le refus obstiné de développer cette conscience de soi et des autres.

Alors oui, je suis devenue extrémiste face à la médiocrité humaine. Extrémiste dans mon refus de banaliser la violence quotidienne. Extrémiste face au racisme, à l’homophobie, au sexisme et à la xénophobie déguisés en opinions personnelles. Extrémiste face à ceux qui font porter aux autres les conséquences de leurs propres choix. Extrémiste face au refus de réfléchir, de reconnaître, d’assumer et de réparer.

Je continuerai à accueillir les erreurs, les contradictions, les peurs et les chemins imparfaits. Je continuerai à croire profondément en la capacité des êtres humains à évoluer.

Simplement, je ne confondrai plus leur capacité à changer avec mon obligation de les attendre. Ma liberté ne consiste pas à contrôler la personne que tu choisis d’être.

Elle consiste à décider si cette personne aura encore une place dans ma vie.

Si cette vision du monde résonne en toi, si tu as envie d’agrandir ta propre carte du monde, de développer ton intelligence émotionnelle, de questionner tes certitudes et de prendre pleinement la responsabilité de ce que tu crées dans ta vie et autour de toi, c’est aussi ce que je propose dans mes retraites.

Des espaces pour rencontrer d’autres façons de penser, ressentir, vivre et être en relation, dans un cadre où l’on peut se regarder avec honnêteté sans chercher à devenir parfait. Si tu as envie de vivre cette expérience, je t’invite à découvrir mes prochaines retraites en France ou ailleurs

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