J’écris ce texte comme on entre dans un espace intérieur que l’on ne peut plus éviter. Ce n’est pas un article écrit pour expliquer, convaincre ou transmettre un message prêt à l’emploi. C’est un texte que j’écris parce qu’il s’inscrit dans un rituel de libération de la violence, un rituel profondément personnel, thérapeutique, qui me permet de me tenir la main à un endroit précis de mon histoire, là où quelque chose a été trop longtemps toléré, minimisé, compris à l’excès, jusqu’à devenir destructeur.
Écrire fait partie de mon processus. Écrire est un acte d'amour envers moi même. Écrire est une manière de poser une limite claire, consciente, assumée, et de remettre de la sécurité dans ma vie et celle de mes enfants.
Tout a commencé lors du réveillon du 31 décembre, dans un lieu que nous connaissons bien, un restaurant que nous aimons pour son ambiance chaleureuse, conviviale, respectueuse, un endroit où l’on se sent habituellement en sécurité, accueilli, à sa place. Peu après minuit, une bagarre a éclaté entre des clients adultes, des personnes d’une quarantaine ou d’une cinquantaine d’années, visiblement alcoolisées, qui ne se connaissaient pas et qui se sont affrontées pour des raisons dérisoires, sans importance réelle.
Ce qui m’a frappée immédiatement, ce n’est pas seulement la violence de la scène, mais son absurdité, son inutilité, son profond manque de respect pour le lieu, pour le propriétaire et le personnels qui avaient bosser pour nous donner le meilleur, pour les autres clients, et surtout pour l’énergie de cette soirée censée célébrer un passage, une ouverture, un renouveau.
Cette violence a créé une dissonance immédiate en moi. Elle est venue toucher un endroit extrêmement sensible de mon histoire, mon rapport à la violence et à l’injustice, et a réveillé un élan de protection très fort envers les personnes présentes, envers celles que j’aime et celles que j’apprécie. Ce n’était pas une réaction intellectuelle, c’était une réaction corporelle, viscérale, comme si quelque chose en moi se mettait en alerte, se souvenait, reconnaissait une menace déjà connue.
Une fois la situation apaisée et la sécurité revenue, je me suis assise et j’ai dit à l’amie qui était à côté de moi que cela ne donnait clairement pas le ton de mon année, sans encore mesurer à quel point cette phrase était déjà une prise de conscience.

Quelques semaines auparavant, au mois de novembre, j’avais vécu une crise d’angoisse extrêmement intense suite à une mauvaise annonce et apres le décès de ma grand mère, accompagnée d’une transe, avec des visions très claires de ce que pourrait être mon année 2026, en lien avec l’injustice et avec l’effondrement intérieur que l’injustice peut provoquer quand elle s’accumule, quand elle n’est pas reconnue, quand elle est niée. À ce moment-là, j’avais travaillé ce qui s’était présenté à moi, j’avais libéré ce qui devait l’être, et j’avais continué à avancer, comme on le fait souvent quand on croit avoir fait le tour d’un sujet.
Le corps, lui, n’avait rien oublié. Vivre cette scène de violence à minuit vingt, dans les toutes premières heures de l’année 2026, est venu réveiller exactement le même endroit, avec une clarté presque brutale, moi qui ne pose pas d’intentions de nouvelle année, qui ne prends pas de résolutions, et qui laisse la vie m’emmener là où elle m’emmène sans chercher à contrôler.
Quelques jours plus tard, la violence est entrée de manière beaucoup plus intime dans ma vie, lorsque ma fille, partie seule faire les magasins à Marseille, a vécu une agression extrêmement violente sur l’autoroute. Un homme a pilé sa voiture en plein milieu de la voie de gauche sur l'autoroute, est sorti de son véhicule, l’a agressée verbalement et a tenté de l’agresser physiquement.
Elle a eu le réflexe de verrouiller sa voiture, ce qui l’a protégée d’un contact direct, mais l’homme s’est acharné, frappant la carrosserie à coups de pieds, proférant des insultes et des menaces, le tout dans un contexte de danger extrême, avec la peur permanente qu’un autre véhicule arrive à pleine vitesse derrière elle.
Lorsqu’elle m’a appelée, elle était en état de choc, et mon seul objectif a été de l’aider à rentrer chez elle en sécurité. À cet instant précis, la violence n’était plus une notion abstraite, ni un sujet de réflexion, elle touchait directement mon enfant, et donc un endroit fondamental de ma sécurité intérieure.
À cela se sont ajoutées d’autres formes de violence, plus sourdes, plus insidieuses, mais tout aussi destructrices. Une violence banalisée dans le cadre familial, une violence verbale, relationnelle, qui se manifeste par des mots, mais aussi par des silences, par des refus de communiquer, par une absence totale d’empathie et de remise en question. Une violence dans laquelle tout semble autorisé de l’autre côté, où l’on peut dire n’importe quoi, imposer n’importe quoi, sans jamais reconnaître l’impact de ses comportements.
Cette violence-là, je la vis extrêmement mal, parce qu’elle s’installe dans la durée, parce qu’elle érode, parce qu’elle attaque l’estime, la stabilité, la sécurité émotionnelle... Elle est le reflet de la banalisation de la violence que l'on retrouve dans notre société, sur les réseaux sociaux, dans certains milieux au travail ...
D’autres événements sont venus encore renforcer ce climat. Une ancienne histoire datant de l’adolescence de mon fils est revenue à la surface, mettant une nouvelle fois en lumière l’incompétence de notre système administratif. Ma fille a été agressée par un soi-disant "ami" lors d’une soirée privée où le jeune homme alcoolisé a vrillé , recevant un coup de poing qui lui a fracturé le nez et valu sept jours d’ITT et une plainte déposée. Ma petite sœur a subi une agression verbale de la part d’une personne proche.
Ma mère, elle aussi, a été maltraitée verbalement par quelqu’un de son entourage. La violence semblait tourner autour de moi, sans toujours me frapper directement, mais en touchant systématiquement ceux que j’aime, ce qui m’impactait profondément dans mon corps, dans mon équilibre, dans ma stabilité mentale. Je me sentais comme un arbre encore debout, mais entouré d’un ouragan permanent.
Ce week-end-là, deux événements familiaux supplémentaires sont venus percuter mon équilibre, et une évidence s’est imposée avec une clarté presque douloureuse : cela fait près de trente ans que je vis du harcèlement. Trente ans que des personnes censées faire partie de ma sécurité ont des paroles et des comportements destructeurs.
Trente ans que l’on tente de me faire porter des responsabilités qui ne m’appartiennent pas. 30 ans que ça passe sous silence, que entre ceux qui sont violent par leurs mots, leurs accusations, leurs isolements sont finalement soutenus par le silence de ceux qui osent pas dénoncer et se positionner, dire stop !
Et pendant longtemps, j’ai cru que comprendre était une forme d’intelligence, de sagesse, voire de compassion. J’ai voulu comprendre pourquoi les gens agissaient ainsi, pourquoi ils étaient violents, pourquoi ils disaient certaines choses, et en cherchant à comprendre, j’ai banalisé, minimisé, toléré l’intolérable.
Aujourd’hui, quelque chose a profondément changé. Je n’ai plus envie de comprendre. À partir du moment où une parole ou un acte est violent, qu’il soit verbal ou physique, ce n’est plus acceptable, quelle que soit l’histoire de l’autre, quelle que soit sa souffrance, quelle que soit la justification qu’il pourrait invoquer. La compréhension ne peut plus être une porte d’entrée vers la tolérance de la violence.
Pendant la retraite HUMAN, il existe une tradition : en clôture, nous créons une constellation d’humanité, dans laquelle chacun choisit la part d’humanité qu’il souhaite incarner et ramener chez lui. Cette fois-là, au vu de ce que je traversais intérieurement et des informations extérieures reçues pendant la retraite, j’ai pris la place de la justice dans cette constellation.
Je n’ai pas confiance dans la justice humaine au sens absolu, parce que je sais que nous sommes tous conditionnés par notre histoire, nos blessures, nos valeurs, notre inconscient, et que la neutralité parfaite n’existe pas. Je crois profondément en la justice de l’humanité, en la justice de l’âme, en une justice plus vaste, plus subtile, plus juste que les systèmes humains. Et même si ce que je vis est difficile, confrontant, parfois épuisant, je sens avec une grande clarté que les décisions que je prends aujourd’hui sont justes pour moi.
Ce qui m’a frappée après coup, c’est que ce choix n’était pas intellectuel. Je n’ai pas décidé de prendre la place de la justice parce que c’était cohérent, symbolique ou pertinent dans un cadre thérapeutique. Je l’ai prise parce que mon corps s’y est posé naturellement, comme s’il reconnaissait enfin un espace qui lui était familier.
Sur le moment, je n’ai pas cherché à analyser. J’ai juste senti que c’était là que je devais être. Et ce n’est qu’après, dans l’intégration de la retraite, que j’ai compris que cette place faisait le lien entre ce que je vivais aujourd’hui et quelque chose de beaucoup plus ancien, de beaucoup plus profond, qui ne m’appartenait pas uniquement à moi, qui traversait ma lignée.
Prendre la place de la justice, ce n’était pas seulement parler du présent, c’était mettre de la conscience sur une mémoire ancienne d’injustice non reconnue, d’injustice portée en silence, d’injustice intériorisée au point de devenir destructrice.
Cette justice que j’incarnais dans la constellation ne cherchait pas à condamner, ni à punir, ni à réparer selon des règles humaines. Elle cherchait simplement à rétablir une vérité intérieure, à remettre chaque chose à sa place, à rendre à chacun ce qui lui appartient et à reprendre ce qui m’a été trop longtemps retiré : ma légitimité à dire non, à poser des limites, à me protéger sans culpabilité.
Depuis le décès de ma grand-mère paternelle, le 20 octobre dernier, quelque chose s’est lentement mis en mouvement en moi. Un tissage progressif, presque silencieux, entre son histoire et la mienne. Plus le temps passe, plus le deuil se pose, plus je sens les mémoires que je porte d'elle dans qui je suis, je comprends qui elle était réellement, au-delà des récits familiaux, au-delà des étiquettes qu’on lui a collées, au-delà de ce qui a été montré ou tu.
Ma grand-mère a passé une grande partie de sa vie à dénoncer les injustices qu'elle a subit par des proches dans sa vie. Elle souffrais que l’on torde sa réalité, que l’on minimise sa souffrance, que l’on fasse porter à quelqu’un ce qui ne lui appartenait pas....
Et toute sa vie, elle n’a pas été entendue. On a réduit ses paroles, on a relativisé ce qu’elle ressentait, on a invisibilisé l’impact réel des comportements des autres sur elle. À force, on lui a fait comprendre, parfois explicitement, parfois insidieusement, qu’elle ferait mieux de se taire.... Et voir même comme elle était folle pour l'écouter et prendre en compte ce qu'elle disait !
Cette violence-là, celle qui ne frappe pas toujours physiquement mais qui écrase psychiquement, l’a conduite à de longues années de dépression et à plusieurs tentatives de suicide. Non pas parce qu’elle ne voulait pas vivre, mais parce que vivre dans un monde où l’on vous nie sans cesse devient parfois insupportable. Aujourd’hui, avec le recul, je comprends que ce n’était pas un manque de force de sa part, mais un excès de violence qu’elle a porté trop longtemps sans soutien réel.
Ce qui est en train de se jouer pour moi aujourd’hui, c’est la conscientisation de ce lien. Pas dans une posture victimaire, dans une posture de responsabilité. Je réalise que ce que je traverse actuellement réactive cette mémoire-là, cette mémoire d’injustice, de diffamation, de culpabilité déplacée, de tentatives répétées de me faire porter des responsabilités qui ne sont pas les miennes.
Et je réalise surtout que, pendant longtemps, j’ai cru que ma manière de ne pas reproduire subir la violence et d'en être la victime était de comprendre, de relativiser, de pardonner avant même que les limites soient respectées.

Avec cette prise de conscience, quelque chose s’est déplacé .... Je comprends aujourd’hui que comprendre n’a jamais été le problème. Ce qui a été problématique, c’est de confondre compréhension et tolérance, empathie et effacement de soi, conscience et abandon de mes propres limites. En cherchant à ne pas devenir dure, je suis devenue perméable. En cherchant à ne pas être injuste, j’ai accepté l’injustice. En cherchant à rester aimante, j’ai parfois laissé la violence s’installer. En cherchant à prouver que j'étais pas la méchante, j'ai accepté qu'on le soit avec moi.
Le rituel de libération de la violence que je suis en train de poser passe précisément par cet endroit-là. Il passe par le fait de regarder lucidement ce qui s’est transmis, non pas comme une fatalité, mais comme une invitation à faire autrement. Là où ma grand-mère n’a pas été entendue, je choisis aujourd’hui de m’entendre moi-même.
Là où elle a été poussée à se taire, je choisis de nommer clairement ce qui est violent pour moi. Là où elle a été enfermée dans des récits qui ne lui appartenaient pas, je choisis de me dégager des projections, des accusations et des interprétations qui ne me définissent pas.
Ce chemin de libération n’est pas un rejet de ma lignée. Au contraire, il est une manière de l’honorer autrement. En posant des limites là où il n’y en avait pas. En arrêtant la banalisation là où la douleur a été normalisée. En choisissant la sécurité intérieure là où la survie émotionnelle était devenue la norme. Je ne fais pas cela contre eux, je le fais avec ma grand mère paternel, en conscience, en responsabilité, en fidélité à ce qu’elle n’a pas pu s’offrir...
Je reconnais ces parties d'elle que j'ai en moi et je les embrasse, je les honore pour ce qu'elles me permettent de poser comme limites aujourd'hui... Je casse la chaine des violences vécu d'une ligné envers l'autre ...
C’est à cet endroit précis que ce rituel de libération de la violence prend tout son sens. Il ne s’agit pas seulement de me protéger aujourd’hui, il s’agit de rompre une boucle, de mettre un terme à une transmission silencieuse qui associe amour et tolérance de l’inacceptable, loyauté familiale et auto-effacement, compréhension de l’autre et abandon de soi. Ce que je choisis aujourd’hui, c’est une autre forme de loyauté, une loyauté à la vie, à la vérité, à la justesse intérieure.
En faisant ce choix, je ne nie pas la douleur, je ne la minimise pas, je ne la contourne pas. Je la regarde en face, je l’intègre, et je décide consciemment qu’elle ne guidera plus mes décisions. Ce que je transmets désormais, à mes enfants comme à ma lignée, ce n’est pas la capacité à encaisser, mais la capacité à se respecter. Ce n’est pas la tolérance de la violence, mais la reconnaissance immédiate de ce qui ne l’est pas acceptable. Ce n’est pas le silence, mais une parole posée, claire, incarnée.
Ce chemin est exigeant. Il est parfois inconfortable. Il demande de renoncer à certaines illusions, à certains liens, à certaines attentes. Et il est profondément vivant. Et pour la première fois, je sens que je ne suis plus en train de survivre à l’injustice, mais de sortir consciemment de son emprise.
Écrire cet article fait pleinement partie du rituel de libération de la violence que je suis en train de poser. Ce n’est pas une étape isolée, ni un point final. C’est une traversée, un chemin qui a commencé bien avant que ces mots existent sur cette page.
Ce rituel a commencé en Tanzanie, lors de la retraite Human, dans un espace où quelque chose s’est ouvert en moi sans que je puisse encore le nommer lors l'une des marches , où j’ai senti que je touchais un endroit ancien, profond, relié à l’injustice, à la responsabilité, à la violence. Il s’est poursuivi ensuite dans un voyage dans l’invisible avec mon amie Marjorie, dans un espace hors du temps, hors des mots, où certaines compréhensions ne passent pas par le mental et par le ressenti, par le corps, par l’âme.
Il a continué hier encore, dans les mots que j’ai posés par message privé avec mon amie Sylvie, des mots bruts, vrais, sans filtre, qui ont permis de déposer ce qui devait sortir sans être analysé ni corrigé.
Et je sais que ce rituel ne s’arrête pas là. Je sens très clairement qu’il va se poursuivre par une autre étape, plus intime encore, dans un espace de moi à moi. Un espace dans lequel je vais poser des mots pour certaines personnes, des mots qu’elles ne liront jamais et que j’ai besoin d’écrire pour moi. Des mots que je poserai dans l’invisible, que je ritualiserai, que je brûlerai pour transformer. Parce que ce rituel est aussi un processus de deuil, et même plusieurs deuils en même temps.
Il y a bien sûr le deuil lié au décès de ma grand-mère, ce deuil qui continue de se déployer, de révéler des compréhensions nouvelles, de faire émerger des liens que je n’avais pas encore perçus. Il y a aussi un autre deuil, plus complexe, plus dérangeant, plus tabou. Le deuil de certaines relations avec des personnes bien vivantes. Le deuil de ce que j’ai espéré, de ce que j’ai attendu, de ce que j’ai tenté de réparer, de ce que j’ai voulu comprendre à tout prix. Le deuil de l’illusion qu’en étant patiente, aimante, compréhensive, la violence finirait par s’apaiser.

Aujourd’hui, je prends des décisions fermes pour ne plus accepter cette violence, pour ne plus y prendre part, pour ne plus l’alimenter, pour ne plus chercher à la comprendre, pour m’en protéger. Pour être alignée. Pour protéger mes enfants. Pour me protéger moi. Et aussi pour me protéger de ma propre violence, celle qui peut naître en réaction à la violence des autres, celle qui finit parfois par se retourner contre moi ou contre ceux que l’on aime.
Je sens que c’est un long processus, un travail de fond, une véritable mue. Rien de spectaculaire, rien de rapide, rien de confortable. C’est un chemin exigeant, douloureux, profondément remuant. Ça fait mal de prendre conscience de tout cela. Ça fait mal de se positionner. Ça fait mal de sortir de certaines loyautés, de regarder en face ce qui a été normalisé, minimisé, justifié. Ça fait mal de mesurer l’intensité et parfois la ténacité de la méchanceté humaine, cette volonté de détruire, de salir, de projeter, de faire porter à l’autre ce que l’on refuse de regarder en soi.
Et en écrivant ces mots, je pense à tous ces enfants qui vivent le harcèlement à l’école. Je pense à toutes ces personnes qui vivent la violence au quotidien dans leur foyer, dans leur couple, dans leur famille, sur leur lieu de travail. Je pense à toutes celles et ceux qui sont harcelés sur les réseaux sociaux, attaqués, jugés, réduits à des récits qui ne les définissent pas.
À toutes ces personnes, j’ai envie de dire que je vous vois, que je vous serre très fort, que je vous envoie un immense câlin, même invisible. J’ai envie de vous rappeler que nous ne sommes pas ce que l’on dit de nous. Nous ne sommes pas ce que l’on raconte. Nous ne sommes pas ce que l’on cherche à nous faire porter. Il n’y a que nous qui savons qui nous sommes réellement, le cœur que nous avons, les intentions qui nous traversent, la vérité de nos choix, de nos actes et de nos mots. Et personne, absolument personne, ne peut définir cela à notre place.
Je sais à quel point il est difficile, quand on vit ce type de violence, de rester aligné à soi, de garder de l’estime de soi, de préserver sa confiance intérieure. Et je mesure profondément la chance que j’ai aujourd’hui. La chance d’être qui je suis. La chance du travail que j’ai fait. La chance de l’accompagnement que j’ai autour de moi. La chance d’avoir des espaces où déposer, dire, traverser, sans me perdre. Sans sombrer. Sans m’effondrer.
Et dans cet espace-là, au cœur de ce rituel de libération de la violence, il y a aussi une immense gratitude. Une gratitude pour ma grand-mère. Ma mémé. Où qu’elle soit aujourd’hui, quoi qu’elle soit devenue, je l’aime très fort. Je la remercie d’avoir été ma grand-mère. Je la remercie pour ce qu’elle m’a transmis, même dans la douleur, même dans le silence.
Et je sens profondément que ce chemin que je prends aujourd’hui, ce choix de la justice intérieure, de la protection, de la paix, est aussi une manière de lui rendre hommage, en vivant là où elle a tant souffert, en choisissant la vie là où elle a été empêchée.